JimmyPaul x Pokémon « Roam » : dix mondes de mode pour rejouer l’enfance

42 vues
⏳ Temps de lecture : 5 minutes |

À quelques jours du défilé prévu le 21 février à London Fashion Week, cet aperçu de « Roam » s’appuie sur le press kit officiel et les premières images dévoilées par JimmyPaul et ses partenaires.

À London Fashion Week, JimmyPaul ne signe pas une collaboration de plus avec une licence culte : il transforme Pokémon en véritable langage de mode. « Roam », sa collection automne‑hiver 2026, se compose de dix « mondes » successifs inspirés par trente Pokémon fétiches, pensés non comme des personnages à illustrer, mais comme des états d’âme à vêtir. Le résultat : un défilé qui ressemble moins à une suite de looks qu’à une traversée de mondes intérieurs, où chaque sortie réactive un souvenir d’enfance, une obsession de fan ou un désir très adulte de se réinventer.

Loin du simple logo‑placement, le projet assume un pari clair : montrer que la culture populaire peut, lorsqu’elle est prise au sérieux, devenir une matière première aussi riche que n’importe quelle référence « haute ». Pokémon n’est pas ici un décor, mais la grammaire affective du show. Tout, de l’architecture des silhouettes au choix des matières, répond à cette obsession : comment donner une forme textile à l’imaginaire d’un enfant qui rêvait de devenir dresseur ?

Dix mondes, trente Pokémon : quand le look devient créature

Pour comprendre « Roam », il faut imaginer chaque passage comme un portail. À chaque entrée de mannequin, un monde différent se déploie : autre musique, autre énergie, autre manière d’habiter l’espace. Les types et personnalités Pokémon servent de base, mais jamais de modèle à copier. JimmyPaul ne cherche pas à reproduire les créatures ; il en extrait des sensations.

Un manteau arc‑en‑ciel de fausse fourrure, gonflé comme un nuage, enveloppe un corps presque effacé, porté sur une combinaison scintillante couverte de baisers. La silhouette devient un avatar protecteur, un compagnon multicolore qui absorbe les coups à votre place. À l’inverse, une robe courte en sequins lips, fendue et bordée de dentelle noire, associée à un chapeau pelucheux démesuré, évoque une phase club kid, entre provocation et jeu. On ne « porte » plus simplement un vêtement ; on enfile un rôle, une créature, un état d’esprit.

C’est là l’intelligence de la collection : les fans irréductibles reconnaîtront des échos aux types Fée, Électrik ou autres, mais quelqu’un qui ne connaît rien à Pokémon peut y entrer sans mode d’emploi. Les mondes restent lisibles parce qu’ils sont construits sur des émotions universelles : douceur, puissance, humour, inquiétude, nostalgie. Les références de licence deviennent des sous‑titres, pas l’histoire principale.

Couleurs, volumes, textures : un vocabulaire hyper‑sensoriel

Le langage de « Roam » est d’abord tactile. JimmyPaul compose avec de grandes masses de fourrure synthétique, des plumes d’un jaune solaire qui tremblent à chaque pas, des sequins qui accrochent la lumière comme un écran, des jerseys retravaillés jusqu’à devenir quasi sculpturaux. La main du vêtement compte autant que sa ligne : on devine des pièces pensées pour être serrées, caressées, traînées, plus que simplement vues.

Côté couleur, le créateur refuse tout compromis sage. Rose barbe à papa, vert acide, bleu lagon, violet cosmique, jaune poussin : les teintes se heurtent, se répondent, saturent le regard. Cette intensité n’est pas gratuite ; elle rejoue la manière dont, dans l’univers Pokémon, chaque créature est dessinée pour être immédiatement reconnaissable, même à l’angle de l’œil. Sur le podium, cet impact crée une impression de sur‑réalité : comme si le défilé se déroulait à l’intérieur d’une console, ou dans le souvenir lumineux d’un écran d’enfance.

Une mode de licence qui parle d’identité

Ce qui distingue « Roam » d’autres collaborations mode x licence, c’est la place donnée au récit personnel. JimmyPaul ne convoque pas Pokémon comme une icône froide, mais comme une archive intime : celle d’un enfant qui a projeté ses peurs, ses envies et ses stratégies de survie sur des créatures imaginaires. En adulte, il rejoue cette archive en volume et en couleur.

La collection ne se contente pas de citer la franchise ; elle interroge ce que signifie grandir avec un univers partagé par des millions de personnes. Quand un manteau pelucheux vous transforme en créature hybride, vous n’endossez pas seulement un personnage : vous rejouez une version de vous‑même, celle qui, un jour, a décidé qu’elle préférait le type Fée au type Feu, ou l’humour à la violence. Le fandom devient une langue intime, un outil de narration de soi, et c’est là que la mode de licence gagne en épaisseur.

Les influences parallèles – héritage indonésien, workwear japonais, surf des années 1990, cinéma d’horreur, punk 2000 – ne créent pas de cacophonie. Elles fonctionnent comme autant de couches de culture à travers lesquelles l’univers Pokémon est filtré. Un manteau jaune à plumes peut évoquer à la fois un oiseau fantastique, un costume de scène et un clin d’œil à une créature spécifique, sans tomber dans le déguisement. La silhouette reste d’abord JimmyPaul ; la référence vient ensuite.

Deadstock, archives et évolution : une durabilité narrative

Derrière l’exubérance des volumes, « Roam » porte une réflexion concrète sur la durabilité. La plupart des looks sont construits à partir de deadstock, de matières vintage et de textiles retravaillés. Cette contrainte, loin de brider le projet, lui donne une profondeur supplémentaire : chaque pièce est, littéralement, une évolution.

Les légères différences de texture, les variations de brillance, les fragments de passé visibles au détour d’un pan de tissu rappellent que ces vêtements ont eu une autre vie. Ce principe fait écho à la mécanique même de Pokémon : rien ne disparaît complètement, tout se transforme. La mode n’est plus un cycle de consommation pure, mais un processus de métamorphose. On ne part pas de zéro, on « fait évoluer » ce qui existe déjà.

Dans un contexte où les collaborations se multiplient souvent sans discours, « Roam » défend l’idée qu’une licence peut aussi être l’occasion de parler de responsabilité, sans ton moralisateur. Ici, la durabilité n’est pas un slogan collé sur un communiqué ; elle est intégrée à la dramaturgie du show. Elle participe à cette idée d’identité en mouvement, de garde‑robe comme archive vivante.

De la scène au dressing : l’extension Difuzed

Parce qu’il s’agit aussi d’ouvrir l’univers au‑delà du front row, JimmyPaul a développé avec Difuzed une gamme plus commerciale JimmyPaul x Pokémon. L’exercice est délicat : comment passer de silhouettes monumentales à des pièces portables sans perdre la flamboyance de départ ?

La réponse tient dans une forme de condensation. Les volumes se réduisent, mais restent généreux. Les palettes se resserrent, mais gardent un niveau de saturation élevé. Les références deviennent un peu plus explicites – un motif, un symbole, un placement graphique – sans franchir la frontière du cosplay. On sent la volonté de proposer non pas des produits dérivés, mais des fragments de monde : un pull, une veste, un accessoire qui permettent à chacun d’emporter une parcelle de « Roam » dans son quotidien.

Ce passage du podium au dressing pose aussi une question à l’industrie : et si la mode de licence la plus intéressante n’était plus celle qui se contente de capitaliser sur un logo, mais celle qui accepte de réécrire la culture pop à partir de parcours individuels ? En se plaçant à la croisée de l’enfance, du fandom et de la durabilité, JimmyPaul trace une piste claire : celle d’une mode de licence qui ne vend plus seulement une image, mais propose, littéralement, des mondes à porter.

Rendez-vous le 21 février pour découvrir « Roam » en direct. Un second article suivra, nourri de l’interview exclusive de JimmyPaul et de l’expérience du défilé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *