GENARO RIVAS
A Glass to Break
LONDON FASHION WEEK AUTOMNE-HIVER 2026
Il existe des collections qui décorent le temps qui passe. Et puis il y en a d’autres plus rares, plus nécessaires qui osent le nommer.
Le hasard comme point de départ
Il y a des collections qui naissent sur une table à dessin. Celle-ci est née d’un regard de ces instants fugaces que l’on croise sans les chercher et qui s’imposent, soudain, comme des évidences. Une vitre fracturée. Des éclats au sol. Pour d’autres, de simples accidents du quotidien. Pour Genaro Rivas, une révélation sur ce que la mode peut encore dire du monde.
Ce créateur autodidacte, lauréat du Young Creators Award Vogue Business x Visa, a cette capacité rare de transformer l’accident en langage. A Glass to Break, sa collection automne-hiver 2026 présentée dans le cadre officiel de la London Fashion Week, ne raconte pas la destruction elle raconte ce qui vient après. Le silence qui suit l’impact. Et la liberté, vertigineuse, de tout reconstruire autrement.
26 silhouettes taillées dans la tension
Sur le podium londonien, 26 silhouettes majoritairement féminines, traversées de présences masculines défilent avec la précision de pièces d’une même démonstration. Le tailoring est exagéré, architectural, porté aux limites de sa propre logique : épaules construites comme des chapiteaux, proportions étirées jusqu’à l’abstraction, manches qui débordent du cadre convenu. Chaque veste, chaque manteau semble avoir subi une force, puis avoir choisi de s’y soumettre en beauté.
La palette dit l’essentiel sans un mot : noirs profonds, gris ardoise, argents qui captent et renvoient la lumière et puis ces rouges, tranchants, qui traversent l’ensemble comme une blessure assumée. Rien n’est décoratif ici. Chaque couleur, chaque ligne porte un sens, entretient cette tension entre maîtrise absolue et débordement nécessaire qui est la signature même de Rivas.
La matière comme engagement
Ce qui distingue Genaro Rivas dans le paysage des jeunes créateurs londoniens, c’est son refus de choisir entre désirabilité et responsabilité. Les soieries imprimées côtoient le mohair et le denim, mais c’est dans les textiles développés avec des partenaires biomatériaux que la collection révèle ses ambitions les plus profondes : nylon récupéré des océans, fausse fourrure végétale, alternatives au cuir issues du végétal.
Ces choix ne sont pas anecdotiques ils sont constitutifs. Les manteaux matelassés et les pièces structurées révèlent des intérieurs techniques pensés comme des armures douces, à la fois protectrices et légères. La durabilité n’est pas ici une promesse affichée sur une étiquette : elle est tisée dans la construction même de la silhouette, invisible et fondamentale.
La fermeture éclair, ou l’obsession d’une grammaire propre
Pour la troisième saison consécutive, Genaro Rivas explore la fermeture à glissière comme matériau à part entière non comme détail fonctionnel, mais comme élément sculptural, porteur de sens. La pièce totem de cette collection en est l’exemple le plus éloquent : une robe construite entièrement de zips, dont le premier prototype a été jugé insuffisant et entièrement repris. La version initiale n’a pas été abandonnée pour autant elle a été découpée, recomposée, jusqu’à donner naissance à trois silhouettes distinctes.
Ce cycle créer, douter, défaire, recommencer dit tout de l’approche du créateur. L’erreur n’est pas une fin : c’est une matière première. La faille n’est pas à dissimuler : elle est à travailler, à révéler, jusqu’à ce qu’elle devienne la chose la plus précise du vêtement.
Des couronnes pour esprits marqués
Pour la première fois, Genaro Rivas étend son univers au-delà du vêtement avec une ligne d’accessoires présentée sur le podium. Les headpieces, imaginés avec la modiste Roberta Cucuzza et entièrement réalisés à la main, coiffent les silhouettes comme des sculptures vivantes. Certaines pièces intègrent des biomatériaux, créant un dialogue inattendu entre structure rigide et chaleur presque organique.
Ces couvre-chefs ne sont pas des ornements : ils sont la conclusion visuelle de tout ce que la collection porte en elle. Des têtes marquées par l’impact, mais toujours dressées. Des esprits qui ont traversé la fissure et qui portent cette traversée comme une couronne.
Avec A Glass to Break, Genaro Rivas signe bien plus qu’une collection automnale : il pose un acte de foi dans la capacité du vêtement à dire ce que les mots peinent à formuler. La fragilité n’est pas ici une faiblesse c’est la condition même de la transformation. Et dans ce Londres qui a toujours su reconnaître les voix singulières, la sienne résonne avec une clarté et une urgence qui ne s’oublient pas.
PAR AP MEDIA PRESSE
Londres, London Fashion Week Automne-Hiver 2026
























