COTE MER AH 2026-27
Kimono et bitume : Norio Sato réinvente l’identité japonaise
Il y a des créateurs qui s’inspirent du Japon. Et il y en a d’autres qui le portent littéralement, dans chaque couture, chaque patchwork, chaque choix de tissu. Norio Sato appartient à la seconde catégorie. Le 20 mars 2026, jour férié, COTE MER présente sa collection automne/hiver 2026-27 à Rakuten Fashion Week Tokyo : un dialogue entre deux mondes, deux temporalités, deux esthétiques que tout semble opposer et que Sato réconcilie avec une maîtrise rare.
L’identité comme point de départ
Tout commence par une observation. Depuis sa boutique face au Jingu, à deux pas de Harajuku, Norio Sato regarde défiler les touristes étrangers venus chercher le Japon. Face à ce paysage urbain mondialisé, le designer pose une question fondamentale : qu’est-ce que l’identité japonaise aujourd’hui ? La réponse, il la cherche non pas dans la nostalgie, mais dans la transformation. Fondée en 2008, COTE MER a toujours philosophé la fusion de la mode et de l’art, reconstituant les valeurs universelles piégées dans le vintage. Avec cette collection, Sato franchit un pas supplémentaire : il abandonne délibérément le style traditionnel de la marque basé sur le remake de vêtements vintage pour explorer un territoire nouveau le mélange de l’ancienne culture japonaise avec des vêtements d’origine occidentale.
Le kimono comme matière première
Le choix du tissu principal dit tout. Sato se tourne vers les tissus de kimono le kurotomesode, tenue de cérémonie portée dans les occasions les plus solennelles, et le somptueux Nishijin-ori, tissu de soie tissé à Kyoto depuis des siècles. Des matières chargées d’histoire et de rituel que le designer déconstruit, coupe et assemble pour les ramener dans la rue tokyoïte.
Le résultat est immédiat et saisissant. Des vestes cavalières et des pantalons cargo patchworkés de tissus aux couleurs vives. Des blousons accrocheurs ornés de fleurs de cerisier. Des configurations en sashiko technique de broderie traditionnelle japonaise dont la géométrie discrète dialogue avec des pièces résolument contemporaines. Un pantalon en tissu teint à l’indigo. Une veste moto dont seul le col est en cuir ce contraste suffisant à résumer toute la philosophie de la collection : le choc des styles comme révélateur d’identité.
La disposition du motif comme obsession
Ce qui distingue Norio Sato, c’est son attention à la disposition des motifs. Dans la tradition du kimono, le placement du motif n’est jamais anodin il raconte une saison, un statut, une intention. Sato transpose cette rigueur dans son propre vocabulaire. “J’ai choisi la meilleure façon de couper tout en faisant face au charme de chaque matériau”, confie le designer. Un manteau à volume modéré arbore des portraits ukiyo-e dynamiques. Une longue veste en patchwork combine graphiquement des tissus kimono bleus, rouges et noirs dans une composition qui doit autant à la peinture qu’à la mode. À l’arrière d’une veste en jean noir, un panneau de tissu kimono coupé en carreaux apporte un accent vif et inattendu.
Parmi les pièces les plus marquantes : une configuration en denim ornée de motifs de papillons, et des pièces géométriques fluides encadrées de décorations dorées découpées dans du tissu de ceinture de kimono l’alliance de l’obi et du denim produisant une tension visuelle saisissante.
Un casting à l’image de la collection
La présence sur le runway de Shen, de Def Tech, groupe de reggae japonais culte, n’est pas anodine. Elle ancre la collection dans une culture populaire japonaise métissée, vivante, ouverte sur le monde loin de tout folklore figé. COTE MER ne muséifie pas le Japon. Il le remet en mouvement, collection après collection, tissu après tissu.
Une collection qui ne cherche pas à préserver une identité mais à la faire vivre.












