Jozeph Diarbakerli pour Cardi B : quatre looks, une vision
Il y a une image qui dit tout. À l’intérieur du costume fuchsia créé pour la tournée Little Miss Drama, cousue à même la structure du corset, une étiquette : Jozeph Diarbakerli for Cardi B. Trois mots, un nom, une déclaration. C’est ainsi que les grandes collaborations s’écrivent non pas sur les tapis rouges, mais dans les coutures invisibles, là où le travail réel commence.
Fondée en 2024 par Jozeph et Cintia Diarbakerli, la maison porte en elle une dualité revendiquée. Nés dans une famille syro-arménienne, élevés au Canada, les deux créateurs ont grandi à l’intersection de deux mondes là où la grandeur orientale rencontre l’œil acéré de l’Occident, là où la tradition devient matière première plutôt que contrainte. C’est précisément cette tension entre intimité et spectacle, entre héritage et rupture qui se lit dans chaque pièce créée pour la tournée.
Le premier look s’impose comme une déclaration d’intention. Une combinaison intégrale fuchsia intense, entièrement couverte de cristaux qui captent et redistribuent la lumière à chaque mouvement. Des épaulettes sculpturales donnent à la silhouette une architecture presque militaire, immédiatement contredite par la double traîne en voile qui s’échappe des manches légère, presque fantomatique, transformant chaque déplacement sur scène en moment chorégraphique. La capuche structurée complète l’ensemble, conférant à l’artiste une présence à la fois guerrière et mystérieuse. Les images d’atelier révèlent ce que la scène dissimule : un corset intérieur à baleines et lacets, construit avec la rigueur d’une pièce de haute couture, invisible sous les cristaux mais fondamental à la tenue du vêtement sur le corps en mouvement.
Le deuxième look bascule dans un registre radicalement opposé. Un manteau long en vinyle noir s’ouvre sur une combinaison scintillante, l’ensemble bordé d’une fourrure bordeaux profond au col, aux poignets, à l’ourlet qui incendie la silhouette sans jamais l’alourdir. Surmonté d’un chapeau à bord métallique sculpté, le look évoque à la fois la femme fatale des années quarante et une vision futuriste du pouvoir féminin. C’est un costume pensé pour l’entrée en scène pour ce moment précis où l’artiste apparaît et où la salle retient son souffle.
Le troisième look est peut-être le plus audacieux techniquement. Une combinaison noire intégrale, parsemée de cristaux qui évoquent un ciel nocturne, construite autour d’un corset-bustier à armatures apparentes et découpe plongeante. Le croquis original révèle l’intention première : des bretelles porte-jarretelles structurelles traversent la silhouette comme des lignes architecturales, tandis que les épaulettes sculpturales maintiennent la verticalité de l’ensemble. Porté par Cardi B avec une perruque blonde platine aux ondulations Old Hollywood, le contraste est absolu la noirceur du vêtement contre la lumière du visage, la rigueur de la construction contre la fluidité du mouvement.
Le quatrième look, capturé en coulisses, referme le cercle avec une intimité inattendue. Jozeph et Cintia Diarbakerli aux côtés de Cardi B, tous trois en noir, dans ce moment suspendu qui précède la scène. “You believed in us and that means everything”, écrivait le designer le 6 mars. Ce n’est pas une formule de politesse c’est la reconnaissance d’un risque partagé, celui que prend une artiste au sommet lorsqu’elle confie son image à une maison qui n’a qu’un an d’existence.
Ce que réussit Jozeph Diarbakerli avec ces créations, c’est quelque chose que peu de designers maîtrisent réellement : faire exister le vêtement de scène comme objet de mode à part entière. Pas un costume de théâtre, pas un accessoire de performance des pièces qui tiennent seules, qui racontent quelque chose indépendamment de qui les porte, et qui gagnent encore en intensité lorsqu’elles entrent en mouvement sous les projecteurs. En habillant Cardi B, Diarbakerli n’a pas simplement répondu à une commande. Il a posé sa signature sur l’une des tournées les plus attendues de l’année et confirmé, en quelques créations, qu’une maison fondée en 2024 peut déjà parler le langage du luxe spectaculaire avec une autorité rare.
Visuels : Courtesy of Jozeph Diarbakerli
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