Quelque chose d’immuable traverse ce rendez-vous monégasque. Chaque juin, le Grimaldi Forum se transforme en scène ouverte sur la Méditerranée, et le tapis bleu déroule son protocole familier : flashes, poignées de mains princières et élégance estivale. À l’heure où les plateformes redéfinissent les codes de la télévision mondiale, Monte-Carlo continue de défendre une vision plus institutionnelle, presque patrimoniale, du petit écran. Le 12 juin 2026, pour sa 65e édition, le Festival international de télévision de Monte-Carlo a ouvert ses portes avec cette élégance tranquille qui le distingue depuis que Rainier III en a posé les fondations.

Le prince Albert II était là, fidèle à cet héritage. Sur le tapis bleu, il a accueilli les invités avec cette courtoisie souveraine qui ne se départit jamais d’une présence très incarnée aux côtés d’Ester Expósito s’est imposé l’un des moments les plus marquants de la soirée. La rencontre entre le prince et la jeune actrice espagnole de 26 ans a quelque chose d’inattendu et de parfaitement logique à la fois : Monte-Carlo a toujours su réunir des mondes que rien, a priori, ne prédestinait à se croiser. Michel Drucker complétait le trio trois générations, trois trajectoires, un même tapis bleu.
La famille princière s’est réunie pour l’occasion dans cette atmosphère de fête contenue qui caractérise les soirées d’ouverture monégasques. Louis Ducruet et son épouse Marie, Camille Gottlieb une continuité dynastique qui donne au festival une dimension que les palmarès seuls ne suffisent pas à expliquer.
Ester Expósito a reçu des mains du prince la Nymphe d’Or du meilleur espoir international. Révélée par Elite sur Netflix dans le rôle de Carla Rosón Caleruega, l’actrice construit depuis une carrière qui dépasse largement le cadre de la série qui l’a imposée. Symbole d’une génération façonnée par les plateformes, elle incarne cette nouvelle télévision globalisée, où une série espagnole peut produire des figures mondialement identifiables en quelques saisons. Ce soir-là, en robe longue beige aux lignes épurées, elle a pris le temps de ses fans photos, dédicaces, cette disponibilité que les grands festivals rendent parfois difficile et qu’elle a offerte naturellement. Une récompense qui arrive au bon moment, celui où une carrière bascule de la promesse à la confirmation.
Autre moment marquant de la soirée, Michel Drucker recevait une Nymphe d’Honneur pour l’ensemble d’une carrière entamée en 1967 derrière un micro de commentateur sportif. Depuis près de soixante ans, il accompagne le paysage audiovisuel français, témoin privilégié de ses métamorphoses successives. Dans un univers en mutation constante, sa longévité apparaît moins comme un hasard que comme une forme de fidélité à un métier, à un public et à l’idée que le petit écran mérite qu’on lui consacre une vie entière. À 83 ans, il monte encore sur scène avec l’élan de quelqu’un qui n’a pas fini ce qu’il a commencé.
Au-delà du cérémonial, cette 65e édition s’inscrit dans un moment charnière pour l’industrie. Entre montée en puissance des contenus digitaux, fragmentation des audiences et concurrence accrue des plateformes, le Festival TV Monte-Carlo cherche à préserver sa singularité voire à réaffirmer sa place comme espace de création, mais aussi comme marqueur culturel durable. Les jurys sont en place : Lesley Manville préside le jury Fiction, Susanne Daniels le jury Digital, Joshua Seftel celui des Grands Reportages. Les Nymphes d’Or seront remises le 16 juin lors de la cérémonie de clôture.
D’ici là, le Grimaldi Forum accueillera projections, rencontres et cette énergie particulière que seul Monte-Carlo sait produire. À Monte-Carlo, le tapis bleu ne se contente pas de célébrer la télévision : il rappelle que, malgré ses mutations, elle demeure un langage universel.
© AP MÉDIA PRESSE — Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation.




































