Les imprimés printemps-été 2026 : Dolce & Gabbana, Gucci, Stella McCartney réinventent le motif sur les podiums

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LES MOTIFS UN RETOUR FRACASSANT SUR LES PODIUMS 2026

Signe des temps ? Ou simple rituel printanier devenu rituel annuel ?

 

Les imprimés font un retour fracassant dans les collections 2026 printemps-été comme automne-hiver. Fracassant par le clash des couleurs : vives et saturées d’un côté, douces et botaniques de l’autre. Fracassant par le clash des styles : pop, animalier, floral, monogramme réinventé, motif historique ressuscité. Fracassant, enfin, par la diversité des inspirations : de Botticelli à la diva italienne, du léopard des nuages en voie de disparition aux archives de maison relues avec une ironie souveraine.

Note de la rédaction : Cet article est la réactualisation d’un texte original rédigé en 2017. Neuf ans plus tard, les motifs n’ont rien perdu de leur insolence créatrice.

UNE SOURCE D’INSPIRATION INTEMPORELLE

Les motifs semblent avoir toujours été au cœur de toutes les créations humaines

Pour les peintres de Botticelli à Vasarely, du Rococo au Pop Art. Pour les architectes les colonnes grecques, la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, la Grande Mosquée de Cordoue, les colonnes de Buren. Pour les dessinateurs de bannières, de drapeaux, d’uniformes militaires. Et naturellement, pour les stylistes et créateurs de mode, depuis le masque funéraire de Toutankhamon jusqu’au portrait de François Ier par Clouet car le motif a toujours été un langage de pouvoir, de séduction et d’identité.

 

Ce que 2026 démontre avec éclat, c’est que ce langage est plus vivant que jamais.

LE SECRET OPTIQUE DU MOTIF

Quelle est la raison d’un tel succès, saison après saison ? D’aucuns invoquent un jeu optique : les motifs structurent, allongent, dramatisent ou apaisent selon leur nature, leur échelle, leur couleur. Mais ce principe n’est pas absolu et certains créateurs en ont fait, du reste, leur signature la plus personnelle, leur terrain de jeu le plus fertile.

 DOLCE & GABBANA : LE MOTIF COMME THÉÂTRE

Dolce & Gabbana rompt avec le rituel printanier conventionnel avec une collection printemps-été 2026 baptisée **“PJ Obsession”**  une pyjama party somptueuse et terriblement théâtrale. Broderies de cristaux et motifs floraux, rayures qui brillent, blazers portés sur le torse évoquant la figure du dandy les mannequins deviennent des astres en mouvement, comme s’ils passaient directement du lit au dancefloor sans jamais changer de look.

Les classiques en coton rayé se couvrent de cristaux, se portent entrouverts sur de la lingerie en dentelle noire ou se métamorphosent en pièces de soirée en mousseline transparente. Motifs floraux agrandis, imprimés léopard mis à l’honneur, chemises à pois, cravates graphiques, grands manteaux imprimés chez Dolce & Gabbana, le motif n’est jamais discret. Il est une déclaration, une fête, un excès magnifiquement maîtrisé.

Et côté automne-hiver 2026-2027, la maison confirme son amour de la sensualité sans vulgarité : broderies florales de cristaux pour un final de soirée côtière, camées vintage en guise d’accent antique. La Dolce vita, en toutes saisons.

 GUCCI : LE MOTIF COMME RÉSURRECTION

Chez **Gucci**, sous la direction de **Demna**, le motif est une archéologie. Pour son premier défilé prêt-à-porter automne-hiver 2026-2027, baptisé **“Primavera”** printemps en italien, symbole de renaissance de nouvelles versions de la robe fleurie Primavera apparaissent, un motif que Demna était allé étudier aux Offices, où il est finalement tombé amoureux de la statuaire.

La Flora print renaît dans des teintes nocturnes, le monogramme GG est mis à grande échelle pour couvrir tout des lunettes aux mocassins tandis que le mocassin Horsebit et le sac Bamboo 1947 sont reproposés dans de nouvelles proportions. Des robes ultra-moulantes dignes de *Basic Instinct*, des leggings et des pièces à l’effet seconde peau Demna reconstruit la “Gucciness” de l’intérieur, avec une ironie souveraine et une sensualité italienne absolument irrésistible.

Pour le printemps-été 2026, sa collection **“La Famiglia”** présentait une galerie de 37 archétypes La Bomba, La Cattiva, La Principessa, Miss Aperitivo chacune vêtue dans son propre vocabulaire de glamour. Un regard humoristique, presque cinématographique, sur l’identité italienne et l’héritage de la maison. Du génie à l’état pur.

STELLA McCARTNEY : LE MOTIF COMME MANIFESTE

Stella McCartney  fait, comme toujours, le choix de l’imprimé avec une conscience éthique et une élégance qui semblent ne jamais se contredire.

Pour le printemps-été 2026, un imprimé léopard des nuages traverse la collection comme un rappel que moins de 10 000 de ces félins survivent dans la nature en raison du braconnage et de la déforestation la collection est entièrement sans cruauté, réalisée à 96% de matériaux conscients. Bleu ciel, jaune mimosa, pêche, velours argentés liquéfiés une palette qui vibre. La pivoine réapparaît des archives, les broderies de fleurs sauvages s’enroulent sur des manteaux sculptés.

Pour l’automne-hiver 2026, en hommage à l’année du Cheval selon le zodiaque chinois, McCartney intègre un esprit équestre à son identité de marque, avec une broderie à la main de cristaux sans plomb sur des vestes tuxedo et des manteaux à double boutonnage, contrastant avec des robes de jour en mouvement, peplums subtils et dentelle cordée.

Chez Stella McCartney, le motif raconte toujours une histoire celle d’un monde à préserver.

KARL LAGERFELD : L’INNOVATEUR PERPÉTUEL UN HOMMAGE

Il serait impossible de parler des motifs dans la mode sans rendre hommage à celui qui en a réinventé les codes avec une audace sans égale : **Karl Lagerfeld**, disparu le 19 février 2019 à l’âge de 85 ans, reste une référence absolue.

Lui réinventait le Rococo un Rococo qui aurait fait pâlir d’envie la cour de Louis XV. Des tons pastels lumineux et satinés, à la Gainsborough. Des motifs délicats et subtils : fleurs, feuilles, fruits. Des tissus et voilages transparents garnis de dentelles et de broderies. Des ruchés en cols et ceintures, des froufrous, des rubans, des nœuds. Du rose Pompadour, de l’ivoire, du vieil or, du bleu indigo pâle. Des plis Watteau. Des pantalons bouffants en cuir oui, en cuir ! genre lansquenet du XVe siècle. Et toujours des couleurs très rococo, des talons ornés de bottines French Cancan, des pulls en vison rayé sur fond jaune oui, jaune !

 

Lagerfeld était le seul créateur essentialiste de la mode. Du génie à l’état pur. Une véritable tuerie.

JEAN-PAUL GAULTIER : LE MAÎTRE DU MOTIF IMPROBABLE

**Jean-Paul Gaultier** reste, lui, le maître du motif improbable celui que personne n’ose, et qu’il transforme en évidence. La rayure horizontale marine sur robe moulante féminine. La dentelle sur corps masculin. Le motif en cible optique. La cascade visuelle. Chez Gaultier, le motif n’est jamais une décoration : c’est une prise de position, un manifeste, une déclaration d’amour à la transgression.

 LES MÉLANGES IMPROBABLES, OU L’ART DE L’INATTENDU

Car la vraie beauté des motifs en 2026, c’est leur capacité à se mélanger, à se surprendre mutuellement, à coexister là où on ne les attendait pas.

Des poupées russes colorées sur jupe à rayures horizontales une merveille d’incongruité maîtrisée. Des motifs Caran d’Ache explosifs de couleur. Des imprimés floraux brodés de cristaux qui passent du lit au tapis rouge sans crier gare. Des archives revisitées avec ironie par un Géorgien amoureux des Offices de Florence. Un léopard des nuages qui plaide pour la sauvegarde d’une espèce en voie de disparition.

En 2026, le motif est partout et il dit toujours quelque chose.

 LE MOTIF, LANGAGE UNIVERSEL ET ÉTERNEL

Le motif n’est pas une tendance. Il est un langage. Il dit quelque chose de qui nous sommes, de ce que nous aimons, de ce que nous voulons transmettre. Il traverse les siècles sans vieillir des temples grecs aux podiums milanais, des peintures de Botticelli aux robes de Demna pour Gucci réinventé à chaque saison par des créateurs qui y voient non pas une contrainte, mais un territoire d’exploration infini.

Et à ceux qui douteraient encore de son pouvoir : regardez Kate Moss dans sa robe à paillettes Gucci. Regardez le léopard des nuages de Stella McCartney. Regardez les cristaux de Dolce & Gabbana briller de mille feux.

Le motif, lui, ne s’éteint jamais.

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