KIDILL Le Paradis version Hiroaki Sueyasu

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Recontre « backstage » pendant la Fashion Week Paris

Hier, juste après son défilé Automne/Hiver 2026, je l’ai retrouvé backstage avec sa traductrice. Je l’ai félicité à l’issue de l’interview par une formule en japonais qui, après une hésitation due probablement à ma prononciation phonétique hésitante («  Konbanwa Subarashii shō deshita …”), son visage s’est éclairé quand il en a saisi le sens : un sourire sincère a alors éclairé son visage, touché qu’on fasse l’effort même si une telle formule n’est pas appropriée au Japon.

L’interview qui a suivi était aussi authentique que son travail. Certaines questions l’ont fait réfléchir longuement – notamment quand j’ai évoqué l’héritage d’Harajuku des années 90. Trop complexe peut-être, ou trop intime. On est passé à autre chose naturellement. Mais quand on a parlé des défis créatifs de cette collection et du choix du thème « Heaven », ses yeux se sont illuminés.

« LE PARADIS » – c’est le nom de cette collection. Sauf que chez Sueyasu, le paradis n’a rien d’un jardin d’Eden aseptisé. C’est plutôt une zone de chaos contrôlé, un territoire où les tabous explosent et les certitudes vacillent. Dans un espace volontairement dépouillé, sans artifice, les vêtements prennent toute leur place : et quelle place ! Les ailes d’ange côtoient les ailes du démon : Sueyasu ne cherche pas à réconcilier ces opposés – il les fait vivre, vibrer et s’entrechoquer …

Esthétique de la contradiction !

Les illustrations sont signées Trevor Brown, légende de l’underground de Tokyo.  Découpes radicales, tartans british, références « bondage » assumées : l’arsenal complet du punk sophistiqué.

Les matières vont du jacquard noble aux tissus réfléchissants. Et, derrière chaque pièce de la collection, une équipe de tailleurs japonais dont le savoir-faire rivalise avec les plus grandes maisons internationales de la mode.

Cette saison, KIDILL multiplie les alliances. Avec ALPHA INDUSTRIES, la mythique veste MA-1 se réinvente en tulle noir – assez inattendu pour une pièce militaire. Une triple collaboration avec HIZUME donne naissance à une coiffe avant-gardiste. Côté sport, Umbro revient avec un maillot bardé de plus de 40 boutons-pression (oui, quarante, vous avez bien lu). Et pour les pieds, KIDS LOVE GAITE apporte des chaussures cloutées qui n’ont rien de sage.

Dans une industrie où l’ego surdimensionné est presque la norme, Hiroaki Sueyasu détonne par sa simplicité. Courtois, passionné ! Son approche mélange l’esprit rebelle du punk et la précision quasi-maniaque de l’artisanat japonais.

Son « PARADIS » bouscule les codes et questionne nos certitudes. C’est exactement le genre de voix dont la mode a besoin : authentique, radicale, techniquement irréprochable.

Hiroaki Sueyasu ne crie pas pour qu’on le remarque. Pourtant, impossible de détourner le regard de ses créations !

Par AP MEDIA PRESSE

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