Par -8°C à Berlin, Adebayo Okelawal transforme le deuil en célébration vibrante
Berlin, -8°C au thermomètre, mais une chaleur presque irréelle au M60. Avant le premier mannequin, une voix maternelle envahit la salle : douce, rassurante, elle ouvre « Backyards of Memory » comme on feuillette un souvenir précieux. Adebayo Okelawal consacre sa collection automne/hiver 2026 à sa mère disparue et transforme le podium en arrière-cour de Lagos, loin du froid berlinois.
Exit le deuil en blanc de la saison précédente. Cette fois, la joie se décline en orange brûlé, jaune safran, rouge terre, vert émeraude. Les couleurs racontent les arrière-cours de son enfance, où le linge dansait dans le vent, où les voisins entraient sans frapper, où la simplicité tenait lieu de luxe. « La saison dernière, je pleurais à travers une collection. Cette fois, j’ai vraiment voulu revisiter ces souvenirs de manière joyeuse », confie-t-il.
Chaque pièce comme émotion précise
« La façon dont j’imagine les pièces, chaque vêtement raconte une émotion spécifique », explique-t-il en coulisses. « Je suis intentionnel avec la façon dont les choses bougent, dont les tissus se sentent, parce que je veux que les gens le voient défiler et le ressentent. » Cette intention se lit dans chaque détail : les lumières qui s’éteignent à des moments précis, la musique qui accompagne, l’orchestration globale de l’expérience. « Je pense que tout contribue à la façon dont les gens reçoivent les choses. »
Sur le runway, la mémoire se porte plus qu’elle ne se raconte. Tricots travaillés main, manches courtes ceinturées, mailles enveloppantes. Franges omniprésentes sur les shorts, sacs inspirés du shekere, silhouettes en mouvement constant. Les vestes aux épaules dénudées dévoilent la peau avec délicatesse, les costumes aux accents japonisants et pantalons larges esquissent une masculinité fluide, affranchie des codes rigides. Les chemises de soie se prolongent en écharpes drapées, comme un geste saisi en plein vol.
Les silhouettes féminines répondent par de grandes vestes aux cols chemise surdimensionnés, des imprimés de visages africains stylisés, de la soie, du cuir, du macramé. Un détail pourtant vole presque la vedette : sur un top de soie, un dessin naïf, deux visages — celui d’Okelawal enfant et celui de sa mère. « C’est comme un souvenir que j’aurais pu dessiner petit », murmure-t-il. La collection trouve là son point de gravité émotionnelle.
Parler depuis le cœur, créer un espace sûr
« Je n’ai pas pensé aux attentes. Je pense que c’est ce qui m’a aidé », confie le créateur. « Je me suis juste concentré sur le fait de raconter mon histoire et de m’assurer que la collection soit ce que je l’imaginais. La présenter et vraiment m’assurer de parler depuis le cœur. »
Cette sincérité irrigue Orange Culture depuis ses débuts. « C’est vraiment une marque sincère, basée sur le cœur. Je pense qu’une fois qu’on parle depuis le cœur, les gens se connectent ou pas. Et heureusement, les gens se connectent avec la marque. »
Pour Okelawal, cette connexion s’accompagne d’une responsabilité. « La mode peut être utilisée comme un outil pour transmettre quelque chose. C’est un outil puissant. Comprendre les responsabilités que vous portez quand vous créez une marque de mode, je pense que c’est quelque chose que je veux que les créateurs comprennent aussi. Ce n’est pas juste faire des vêtements. Vous pouvez utiliser votre plateforme pour faire plus. »
Un village créatif au service de l’excellence
« Backyards of Memory » incarne cette vision. Les imprimés sont signés Paolo Sisiano, les sacs par Kisara, les chaussures par Moni Morgan et Kkerele, les ceintures par King Daviid. Orange Culture fonctionne comme un village créatif. Une marque qui se pense comme plateforme, où chaque collaboration renforce Lagos autant que la maison. « J’utilise mon opportunité sagement. Pour raconter mon histoire de manière authentique, pour amener les gens et créer un espace sûr pour tous ceux qui regardent la marque. »
Au-delà de l’esthétique, la collection affirme la mode comme acte de mémoire. Deuil transformé en célébration, douleur transmutée en couleur, intimité projetée sur la scène globale. Dehors, Berlin reste glacée. Dedans, Okelawal plante un jardin de souvenirs, de maille et de soie. Certaines collections ne se contentent pas d’habiller : elles accompagnent, elles apaisent. Elles disent, en silence : je me souviens. Et je continue.
Orange Culture Automne/Hiver 2026« Backyards of Memory »M60, Berlin — 31 janvier 2026
Par AP MEDIA PRESSE























