Berlin Fashion Week AW26 : Numinous, la collection mystique de Danny Reinke

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Il faisait très froid à Berlin, un froid que je n’avais encore jamais ressenti : 8° qui vous coupent le souffle avant même d’arriver au show. Et pourtant, en passant la porte du défilé de Danny Reinke, l’atmosphère changeait d’un coup. À l’intérieur, la température devenait autre : celle d’un univers construit à la main, où chaque silhouette semblait porter sur elle des heures de travail silencieux, de l’atelier jusqu’au podium.

Sur la passerelle, les looks avançaient comme des personnages d’un conte venu du Nord. Les corps étaient enveloppés, mais jamais étouffés. Bustiers constellés d’yeux brodés, robes et pantalons habillés de fourrure longue frôlant le sol, vestes et tops tricotés à la main : rien ne paraissait “simplement produit”.

Tout donnait l’impression d’avoir été construit point par point, geste après geste.
J’ai été particulièrement frappée par une silhouette qui semblait déjà prête pour un hiver sans fin : pantalon en fausse fourrure, veste assortie, col remonté, le tout enveloppant le corps comme une armure douce.

On aurait dit un voyageur élégant qui se prépare au grand froid, mais sans jamais renoncer à la ligne ni à l’allure. Ailleurs, des jupes et des robes bordées de fourrure dessinaient des profils presque dramatiques, entre force et sensualité. Les costumes, eux, jouaient la précision moderne : taille marquée, épaules présentes, coupe légèrement ample pour laisser vivre le corps, avec parfois un éclat brillant pensé pour les nuits où l’on veut que la lumière accroche chaque geste.

La matière comme langage
La matière, chez Reinke, n’est pas un décor : c’est le sujet. Derrière ces silhouettes, on découvre des textiles composés de chutes et de restes – cordes, laine, feutre, fragments de cuir, raphia – tissés en une nouvelle peau riche en reliefs.

Tulle et tissus transparents viennent se poser sur ces bases plus brutes, créant des surfaces qui hésitent entre densité et légèreté. Une robe perlée, réalisée à partir d’éléments de bijoux démontés, vibrait à chaque pas. Plus qu’un effet visuel, on y lisait le temps, la patience, presque l’obsession du travail à la main.

Dans Numinous, la présence de Sungyi Lee se ressent comme une seconde voix qui prolonge celle de Danny Reinke plutôt que de la recouvrir. Fondatrice de WALA DESIGN LAB, la créatrice coréenne travaille à la frontière entre mode, design et architecture, avec une approche holistique où le vêtement n’est jamais isolé de l’espace, de la lumière ou de l’atmosphère qui l’entourent. Son studio fonctionne comme un laboratoire d’idées et de formes : un lieu où les concepts se transforment en matières, puis en silhouettes chargées d’une dimension presque spirituelle.

Dans la collection, cela se traduit par des lignes plus nettes, des volumes subtilement architecturés, une clarté dans les proportions qui répond à la dimension plus organique et texturée du travail de Reinke. Là où lui explore la forêt intérieure, ses peurs et ses cicatrices, Sungyi Lee apporte une forme de calme structurel, comme si elle dessinait des espaces de respiration à l’intérieur même des silhouettes

Ce dialogue entre matière brute et architecture silencieuse donne à Numinous une allure résolument contemporaine : émotionnelle sans être sentimentale, construite sans être froide. La durabilité ne se déclame pas ici : elle se lit dans les tissus recomposés, les irrégularités assumées, les marques visibles de la main qui travaille.
En sortant du défilé, je n’ai pas seulement gardé la mémoire de quelques looks spectaculaires. J’ai emporté avec moi une sensation physique : celle d’avoir rencontré un créateur qui pense la mode comme une protection lucide, prête à affronter le froid du monde sans renoncer à la beauté du geste.

 

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