L’animation japonaise, entre rêve et réel
L’animation japonaise n’appartient à personne et surtout pas aux enfants. Depuis des décennies, elle interroge la filiation et la perte, l’identité et la métamorphose, la solitude et le désir d’appartenir, avec une délicatesse que peu de cinématographies savent lui disputer. Cinq films disponibles sur Netflix en témoignent, qui dessinent ensemble une cartographie sensible du Japon contemporain : ancré dans ses mythes, traversé par les doutes de la jeunesse, et toujours saisi d’un rapport singulier à la nature, au temps qui passe, à l’invisible.
Le Conte de la Princesse Kaguya (2013)

Adapté d’un conte fondateur du folklore nippon, le film de Isao Takahata suit une enfant née d’une tige de bambou, recueillie par un vieux paysan et son épouse, et promise à un destin de beauté et de renommée qui la dépasse. Kaguya grandit à une vitesse prodigieuse, bientôt célébrée comme la plus convoitée des jeunes femmes du Japon et bientôt écrasée par le poids de cette célébration. Son désir profond : percer le mystère de ses origines, décider, enfin, de sa propre trajectoire. Porté par un trait presque calligraphique et une mélancolie lumineuse, le film interroge la liberté, la fugacité du bonheur et le droit de n’appartenir qu’à soi-même.
Mary et la Fleur de la Sorcière (2018)

Un été, une forêt, un vieux balai et une fleur rare qui n’éclot qu’une fois tous les sept ans : c’est le point de départ du premier long-métrage du Studio Ponoc. Mary, adolescente ordinaire venue passer les vacances chez sa grand-tante, se retrouve propulsée dans Endor, une école de magie aussi fascinante qu’ambiguë, dirigée par une directrice à l’autorité inquiétante. Pour survivre, elle devra feindre d’être ce qu’elle n’est pas une véritable sorcière tout en découvrant que la magie, comme le pouvoir, peut se retourner contre celui qui en abuse. Entre comédie d’aventure et fable sur la responsabilité, une œuvre tendre et lucide.
Loin de Moi, Près de Toi (2020)

Connue internationalement sous le titre A Whisker Away, cette romance adolescente prend une forme singulière : celle d’un amour qui passe par la disparition de soi. Miyo, éperdument amoureuse de son camarade Hinode, obtient d’un mystérieux chat sorcier un masque capable de la transformer en félin. Sous cette apparence nouvelle, elle s’approche de celui qui la fuit et se laisse progressivement tenter par cette fuite hors d’une vie qu’elle ne supporte plus tout à fait. Prévu initialement pour les salles, le film a rejoint directement Netflix. Il explore avec douceur le besoin d’être aimé pour ce qu’on est vraiment, et le vertige de vouloir disparaître derrière un masque.
Mon Oni à Moi (2024)

Quatrième long-métrage du Studio Colorido, signé Tomotaka Shibayama, le film suit Hiiragi, adolescent discret de la préfecture de Yamagata, toujours prêt à rendre service pour acheter l’affection de ses camarades sans jamais vraiment y parvenir. Sa vie bascule lors d’un été où il croise Tsumugi, une oni venue du monde des esprits, à la recherche de sa mère disparue parmi les humains. Ensemble, ils traversent paysages ruraux et frontières poreuses entre le visible et l’invisible, dans un film qui tient à la fois du conte fantastique et du drame d’apprentissage. Une parenthèse poétique sur la solitude, la différence, et la possibilité fragile de trouver sa place.
