L’HÉRITAGE EN MOUVEMENT
TAE ASHIDA
Collection Automne-Hiver 2026–2027
Grand Hyatt Tokyo · Roppongi · 25 mars 2026
Le Grand Hyatt Tokyo, ce soir-là, n’était pas simplement un lieu. C’était une scène dans le sens le plus précis du terme : un espace où quelque chose d’irréversible allait se produire. Les invités étaient là, ambassades et presse internationale confondues, avec cette attention particulière que l’on réserve aux événements dont on pressent qu’ils laisseront une trace. TAE ASHIDA présentait sa collection Automne-Hiver 2026–2027. Et le mot qui traversait tout, sans s’annoncer, sans se justifier, était un seul : Love.
LA MAISON
TAE ASHIDA n’est pas une maison parmi d’autres. Elle est la plus ancienne du Japon celle qui a posé les fondations d’une certaine idée de l’élégance nippone, rigoureuse, précise, jamais ornementale pour le seul plaisir de l’être. Jun Ashida, son fondateur, fut jadis le couturier de l’Impératrice Michiko. C’est dire le poids de ce nom, et la mesure de ce qu’il implique.
Tae Ashida, sa fille, a pris ce poids et en a fait autre chose. Pas une rupture une transformation. Diplômée de la Rhode Island School of Design, formée à l’exigence occidentale autant qu’à la sensibilité japonaise, elle incarne depuis 1991 une tension que peu de créateurs savent tenir : préserver sans figer, faire évoluer sans trahir.
Le monde traversé par le chaos appelle rarement à la douceur. Et pourtant, c’est précisément là que Tae Ashida a choisi de planter sa collection dans ce territoire instable, avec une certitude simple et désarmante.
« Il y a beaucoup d’incertitudes aujourd’hui… mais l’amour reste la chose la plus importante. »
La déclaration pourrait sembler naïve. Elle ne l’est pas. Choisir l’amour comme thème en 2026, c’est un acte de résistance autant qu’une affirmation esthétique. C’est refuser que le chaos ambiant dicte le langage de la création. C’est affirmer que la mode peut encore être un espace de sens.
Ce que l’on voyait défiler n’était pas une série de looks. C’était une argumentation silencieuse. Pantalons larges et robes confectionnés dans de généreux volumes de tissu vaporeux et léger chaque silhouette semblait capturer quelque chose d’invisible, une brise, une intention, un souffle. La légèreté n’était pas ici absence de rigueur : elle en était l’expression la plus accomplie.
La musique portait cette même logique. Emi Evans, vocaliste du duo freesscape, avait composé une chanson originale pour le show. Sa voix traversait la salle du Grand Hyatt comme une présence supplémentaire non pas un accompagnement, mais un argument. Musique et mode, deux langages pour une seule conviction.
On ne décrit pas un défilé TAE ASHIDA. On le lit. Et ce que l’on lisait ce soir, dans chaque mouvement de tissu, dans chaque silhouette en marche, c’était une vision de la femme : classique parce que libre, moderne parce que consciente de sa profondeur.
La longévité d’une maison ne se mesure pas à son ancienneté. Elle se mesure à sa capacité à rester vivante à continuer d’avoir quelque chose à dire, saison après saison. TAE ASHIDA a cette capacité. Et Tae Ashida en est pleinement consciente.
« Nous sommes la maison la plus ancienne du Japon. Je préserve cette élégance et cette qualité, tout en continuant d’avancer. »
Avancer le mot est central. Non pas progresser pour le principe, non pas innover pour séduire le marché, mais avancer parce que l’immobilité est une forme de mort. La continuité active, chez TAE ASHIDA, n’est pas une posture : c’est une méthode de travail, inscrite dans chaque choix de tissu, chaque coupe, chaque essayage.
L’HÉRITAGE COMME SYSTÈME
Il existe une erreur commune dans la façon dont on pense les maisons de mode ancienne : celle de confondre héritage et patrimoine figé. L’héritage, dans cette conception-là, devient une vitrine quelque chose que l’on contemple, que l’on protège, que l’on montre. Quelque chose qui ne bouge plus.
Tae Ashida refuse cette logique. L’héritage, pour elle, est un système un ensemble de valeurs, de savoir-faire, de références qui constituent non pas un point d’arrivée, mais un point de départ. Ce que Jun Ashida a construit n’est pas une limite. C’est une infrastructure à partir de laquelle tout reste possible.
C’est là que réside peut-être la conviction la plus forte de cette collection et de cette créatrice. Non pas dans les silhouettes, non pas dans le thème, mais dans ce refus fondamental de la stagnation.
« Préserver uniquement un héritage, c’est rester immobile. Je veux challenger et avancer. »
Cette phrase est un programme. Elle dit ce que la mode japonaise, dans ce qu’elle a de plus exigeant, a toujours su formuler : que la tradition n’est pas une destination, mais un moteur. Que le respect du passé ne dispense pas de l’obligation du présent. Que créer, c’est refuser l’immobilité à chaque saison, sans exception.
LE BALLROOM
Quand le dernier look a disparu dans les coulisses, la salle du Grand Hyatt est restée un instant suspendue. Ce silence-là n’était pas vide. Il était plein de quelque chose que les défilés produisent rarement : une certitude.
TAE ASHIDA n’a pas présenté une collection ce soir-là. Elle a posé un argument. Sur la durée, sur la rigueur, sur la nécessité de continuer à avancer quand tout incite à se figer. Sur l’amour non pas comme sentiment, mais comme force de résistance.
Tokyo changeait dehors, comme elle change toujours. À l’intérieur, quelque chose tenait.
Couverture éditoriale : AP Media Presse
Rakuten Fashion Week Tokyo · Automne-Hiver 2026–2027
Grand Hyatt Tokyo, Roppongi · 25 mars 2026



























I love the way she has remained true to the house but created something unique .
Thank you Sean that is exactly it. TAE ASHIDA has this rare ability to honour a legacy without being imprisoned by it. A collection that feels both inevitable and entirely new. 🖤✨