FRANCK SORBIER
Les Sorbier — Pièces Uniques
HAUTE COUTURE ÉTÉ 2026
Il y a des défilés que l’on regarde. Et puis il y a ceux que l’on respire, que l’on emporte avec soi — comme le sillage d’un bal dont on n’aurait pas voulu partir.
Marlène, Barbara, et le pays des fleurs animées
Chez Franck Sorbier, la couture commence toujours par une image. Cette saison, elles sont deux. Marlène Dietrich, robe seconde peau scintillante, un tapis de roses à ses pieds. Barbara, la Grande Dame Brune, dans sa loge saturée de bouquets — vérité à fleur de peau. Ces deux visions servent de point de départ à une collection placée sous le signe du Flower Power, non pas version slogan, mais version intime : les fleurs comme langage des triomphes, des scènes, des émotions qui débordent.
Sur le podium, on ne défile pas — on traverse un pays de fleurs animées. Les silhouettes avancent comme des invitées de bal, chacune portant le nom d’une fête : Bal des Pompiers, Bal des Enfants Terribles, Bal de l’Abstraction Lyrique, Bal de Bagatelle, Bal de l’Eden Roc. Autant de portes d’entrée dans un même univers, où chaque robe est un personnage à part entière.
Les bals, comme autant de chapitres
La force de cette collection, c’est sa dramaturgie assumée — chaque look est une scène. Le Bal des Pompiers ouvre le bal avec une robe bandeau drapée en charmeuse de soie chaudron, imprimé fusant et plis sari qui évoquent à la fois la rue et la fête. Le Bal des Enfants Terribles mélange jupes foulards en organza imprimé d’archives animalières du XIXe siècle et angelots du XVIIIe, empilés sur de grands jupons en tulle noir : une enfance baroque, joyeuse, un peu effrontée.
Les bals se succèdent comme des chapitres d’un roman que l’on n’aurait pas envie de fermer : Bal de Babellou en crêpe satin imprimé rose rouge, Bal Peynet en organza blanc brodé de bouquets ton sur ton, Bal de Bagatelle en tulle rose buvard façon barbe à papa, Bal de l’Aquarelle en fleurs aquarellées entre Ancien Régime et Directoire. On passe d’une poupée de salon à une héroïne de Montmartre, d’une grisette en twill noir et blanc à une Impératrice Rouge en saglione ottoman, fleurs compressées sur grande jupe à traîne.
La soie reine, la silhouette sculptée
Si la rêverie est permanente, la construction, elle, est implacable. La soie règne du début à la fin — twill, crêpe satin, raso shantung, saglione, organza, mousseline — dans un vocabulaire textile d’une cohérence rare. Les bustiers, drapés et twistés, exaltent la taille, les épaules, le port de tête. Les dos se construisent à la française ou à l’andrienne, les tournures bouillonnées dessinent des silhouettes à paniers bergère que l’on croirait sorties d’une gravure ancienne, mais habitées par une nervosité très contemporaine.
La pièce manifeste de la collection s’appelle le Bal Blanc : une robe dite « zéro chute » composée de plaques-pétales de soies blanches superposées — twill, satin, mikado, organza, radzmir, mousseline, georgette. Elle résume en un seul geste la démarche de Sorbier : rigueur d’atelier, poésie de surface, et cet engagement discret en faveur d’une couture qui pense aussi sa matière.
Un bal qui se respire
Cette saison, le défilé avait au sens propre l’odeur de la haute couture. À travers sa collaboration avec le parfumeur Olivier Perault et le groupe Robertet, Franck Sorbier signe « Chapitre II », un oriental-boisé entre clarté et mystère, mesure et sensualité. Deux amis d’enfance — Grand Couturier et Maître d’Art pour l’un, parfumeur senior pour l’autre — écrivent ensemble l’identité parfumée de la maison. Le vêtement et le sillage se répondent, prolongeant l’idée d’un bal total, où l’on ne regarde pas seulement une robe : on la respire.
Les visages, signés par la maquilleuse Natalia Vlasova et sa ligne VINATA, achèvent le tableau : lumineux, presque peints, ils semblent sortis d’un atelier plutôt que d’une cabine backstage. Aucune dureté. Seulement cette impression de peau reposée qui laisse le vêtement parler en premier.
Une maison qui fonctionne comme une troupe
Comme souvent chez Sorbier, la collection est traversée par une dimension humaine très explicite. La marraine et le parrain, Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault. Isabelle Tartière-Sorbier. Bruno Le Page, bras droit et gauche de la maison. Les danseurs, les techniciens, les amis retrouvés. Cette mosaïque de noms n’est pas un rituel de courtoisie : elle raconte une maison qui fonctionne comme une troupe, une communauté artistique où chacun a sa place et son rôle.
Le clin d’œil aux bals des sapeurs-pompiers, lui, se transforme en geste concret : le défilé rend hommage aux soldats du feu et donne la parole à l’Œuvre des Pupilles, association qui soutient les enfants de pompiers décédés en service. La fête ne se détache jamais du réel. Derrière les fleurs, il y a l’idée de transmission, de solidarité, de courage partagé.
« Une collection qui a le parfum du charme… Tout simplement. » Ces quelques mots signés Franck Sorbier disent tout. Les Sorbier Été 2026 ne cherchent ni le choc ni la surenchère — ils proposent autre chose : un raffinement dense, érudit, nourri de références à la danse, à l’opéra, à Diaghilev, à Marlène et Barbara. Ce défilé avait quelque chose d’une offrande. Aux muses, aux fleurs, aux bals réels et imaginaires, aux artisans, aux danseurs, aux parfumeurs. Une haute couture qui n’oublie jamais — pour reprendre la phrase d’Audrey Hepburn citée par la maison — que « les seules choses dignes d’intérêt sont celles du cœur ».
PAR AP MEDIA PRESSE
Paris, Haute Couture Été 2026







































