Dehors, Berlin serre les dents. Le thermomètre affiche –8°, le vent claque, les silhouettes se fondent dans des manteaux sombres. À l’intérieur d’Intervention, tout bascule : la salle se remplit de lignes longues, de couleurs vibrantes, de tissus qui captent la lumière. Kenneth Ize présente JOY, sa collection Automne-Hiver 2026‑27, et l’on sent très vite que ce mot n’est pas un slogan, mais une position. En regardant les looks arriver, quelque chose se détend, se réchauffe.

Les vêtements parlent avant les mots. Les coupes allongent le corps sans le figer, les trenchs s’ouvrent, se déplacent, laissent parfois entrevoir ce qui, d’ordinaire, reste à l’abri. Certains manteaux semblent raconter une histoire à l’avant, une autre à l’arrière. L’aso oke – ce tissage nigérian que Kenneth Ize revendique depuis ses débuts – croise la douceur de la laine, la rugosité du denim, le moelleux du velours. Rien n’est lisse : les matières se frôlent, se répondent, comme si chaque silhouette portait plusieurs humeurs à la fois.
Après le défilé, le créateur arrive encore chargé de cette énergie de salle. Il sourit, presque surpris lui-même de ce qu’il vient de transmettre :
« I feel really joyful, and I think that’s also what the collection is about. It’s about joy – the joy of togetherness. And I think this is also why we’re doing this now. It’s like, okay, how can we actually talk about something that we love doing? I guess you love your job also. I think it’s fantastic. »
Il ne théorise pas, il constate. La joie, chez lui, n’est pas décorative : c’est une manière de travailler, de se relier, de tenir debout dans une époque qui fatigue tout le monde.
JOY est aussi une façon de rencontrer Berlin autrement. « The models, you know, Berlin is such a great city in terms of music, culture, diversity, and at first I was like, okay, yeah, Berlin, how’s that going to happen? But then I started thinking about how the energy would be and it really worked really well. » On retrouve cette énergie dans le casting, dans les corps qui avancent sans raideur, dans cette tension entre contrôle et abandon. Il cite Anthony, Reference Studio, Intervention, le casting director Alpha. Derrière les noms, on comprend surtout une chose : cette collection est le résultat d’un cercle vivant, pas d’une tour isolée.
« I also like to dress up, » ajoute-t-il, amusé. « So it’s like, oh yeah, I don’t want to see this, I don’t want to see that. I think it’s fun. »
Cette légèreté n’efface pas les questions de fond. « Organic production, sustainability, you know, I really love this idea of pushing those themes. » Certaines pièces semblent déjà avoir une histoire ; des doublures affleurent, des intérieurs se montrent. Comme si le vêtement avait décidé d’être sincère, de montrer ce qui d’ordinaire se cache. JOY ne propose ni fuite ni décor rêvé. Elle propose quelque chose de plus simple et plus courageux : des vêtements qui assument d’être portés, partagés, éprouvés.
En sortant, le froid mord toujours, mais il n’a plus la même autorité. On garde en mémoire les rayures d’aso oke, la manière dont les silhouettes occupent l’espace, et cette impression rare : pendant quelques minutes, la joie n’était pas un mot, mais une présence.























