THE OUZE – The Process Is the Point
London Fashion Week avec AP MEDIA PRESSE
À Londres, au cœur de la Fashion Week, THE OUZE rappelle que, parfois, l’essentiel n’est pas l’objet fini, mais tout ce qui le précède. Avec sa présentation The Process Is the Point, le label britannique transforme un moment de showroom en manifeste discret pour le geste, la matière et l’imperfection assumée.
Les pièces naissent à partir de la cire et de la fonte à cire perdue, une technique qui laisse une grande place au hasard et au mouvement intuitif de la main. Empreintes, surfaces brutes, poinçons apparents : rien n’est gommé, tout reste visible, comme si chaque bijou conservait la mémoire de sa fabrication. À côté des pièces terminées, des modèles en cire, des fragments d’argent et des formes inachevées racontent le chemin entre l’idée et le métal.
Pour cette saison, THE OUZE fait dialoguer ses bijoux avec la musique. Dans un espace pensé comme un atelier ouvert, une violoncelliste londonienne joue en live, non pas un récital parfaitement rodé, mais une partition en construction : notes répétées, essais, interruptions. Le son épouse le rythme de la main qui sculpte, dans une atmosphère intime, loin du tempo habituel de la mode.
L’ensemble compose une expérience lente, presque méditative, où l’on observe autant ce qui se passe entre les mains du créateur que ce qui brille sur les présentoirs. The Process Is the Point se lit comme une déclaration en faveur de l’artisanat et de la valeur du temps, en rappelant que chaque pièce porte, en creux, ses essais, ses hésitations et ses accidents.
Entretien avec le créateur de THE OUZE
THE OUZE est né pendant le confinement comme un geste de création très personnel. Avec le recul, qu’est-ce qui portait cet élan – la curiosité, l’instinct, ou le besoin de te focaliser sur quelque chose ? Et comment cette motivation a-t-elle évolué ?
C’était probablement un mélange des trois. J’ai toujours fabriqué des choses avec mes mains, même avant le bijou, donc cet instinct était déjà là. Mais le confinement a créé cette pause étrange où j’avais enfin le temps et l’espace d’explorer quelque chose sans pression. Quand j’ai découvert la fonte à cire perdue, j’ai été complètement absorbé par ce procédé. Il y avait quelque chose de très apaisant dans le fait de sculpter la cire, de travailler physiquement, puis de voir cet objet se transformer en métal. Ça me semblait immédiat et honnête.
À ce moment-là, c’était surtout de la curiosité et le besoin de me concentrer sur quelque chose de tangible. Il n’y avait pas de plan plus grand derrière. Il s’agissait de faire et de répondre au processus. Ce sentiment de découverte me motive toujours, et ce sont encore ces envies d’expérimentation qui portent le travail aujourd’hui. Ce qui a changé, c’est l’échelle : THE OUZE a commencé comme quelque chose de très personnel – moi, seul dans ma chambre à Lewes – et c’est devenu une pratique de studio avec une équipe et un public plus large. Mais la motivation centrale n’a pas vraiment bougé. Ça reste une histoire de processus, de matière et de curiosité, suivre une idée en la faisant et voir où elle mène.
Ta formation en mode se ressent dans la manière dont les pièces se posent sur le corps. Tu penses tes créations comme des bijoux, ou comme des fragments de vêtement ?
Je dirais que ça se situe quelque part entre les deux. Le bijou fait naturellement partie de la mode, ils vont ensemble, mais j’ai toujours pensé la façon dont les objets interagissent avec le corps de manière plus sculpturale. Quand j’étudiais la mode, je m’intéressais à la manière dont le métal pouvait nourrir le vêtement : en ajoutant des broches, des boutons en argent, des éléments structurels sur les pièces. Le bijou était intégré au vêtement dès le départ.
À cause de ça, je continue à réfléchir au placement, aux proportions, au mouvement comme le ferait un designer mode. Les pièces ne sont pas juste décoratives, ce sont des formes portées qui dialoguent avec le corps, presque comme de petites extensions du vêtement ou des fragments de quelque chose de plus grand. Le bijou a aussi une intimité particulière : il est près de la peau, plus personnel, souvent porté tous les jours. Cette relation au corps est centrale dans ma manière de concevoir. Donc oui, ce sont des bijoux, mais ils portent des idées de mode, d’échelle, de structure, et se situent entre l’ornement et l’habit.
Le nom THE OUZE vient de la rivière Ouse à Lewes. Cette référence, c’est une question d’origine, d’appartenance, de distance – et pourquoi était-ce important d’ancrer la marque là-bas ?
C’est très lié à l’origine et à l’idée d’ancrer le travail dans un lieu et un moment précis. J’ai commencé à créer pendant le confinement à Lewes, et le fait de nommer la marque d’après la rivière, c’était comme la relier à cette période. La rivière est une constante dans le paysage. Elle bouge, elle change, mais elle est toujours là. Cette idée de continuité et de flux me plaisait pour la marque.
Il y a aussi dans mon travail quelque chose autour de l’érosion et du temps qui se rattache à cette image. Je m’intéresse à la manière dont les surfaces s’usent, comment les objets vieillissent et comment les matières gardent des traces d’usage. La rivière était une métaphore assez naturelle pour ça, ce mouvement lent du temps qui façonne les choses. Et ça garde le projet personnel. Plutôt que de choisir un nom abstrait ou très conceptuel, ça le relie à l’endroit où tout a commencé. Même si les choses grandissent et se déplacent ailleurs, cette origine reste au cœur de son identité.
Tu parles souvent d’objets hérités, de pièces qui portent le poids du temps. Cherches-tu à créer de futurs héritages, ou quelque chose de plus transitoire ?
Je suis très attiré par les objets qui montrent des signes du temps, des pièces qui ont été portées, manipulées, vécues. Les bijoux anciens portent souvent ce sentiment d’histoire : la surface est marquée par l’usage, et l’objet devient plus chargé de sens à cause de ça. Cette idée nourrit beaucoup ce que je fais.
Je ne cherche pas forcément à créer des « héritages » au sens traditionnel ou très formel, mais je veux que les pièces durent. Elles sont faites pour vieillir, se marquer, développer leur propre caractère au fil du temps. L’intention, c’est qu’elles deviennent personnelles pour la personne qui les porte et qu’elles finissent par contenir des souvenirs ou des histoires.
Dans ce sens, elles peuvent devenir de futurs objets de transmission, mais d’une manière organique. Des choses avec lesquelles on vit, plutôt que des objets figés. Je m’intéresse à la permanence, mais aussi au changement, à la façon dont un objet évolue avec la personne qui le porte.
À mesure que THE OUZE rencontre de nouveaux publics à l’international, cette visibilité a-t-elle changé ta relation au travail – ou gardes-tu le même sentiment d’intimité qu’au début ?
Je me sens toujours très proche du projet. La visibilité a augmenté et l’échelle du business a changé, mais la manière dont le travail commence n’a pas vraiment évolué. Ça démarre toujours par la sculpture, l’expérimentation, le fait de répondre à la matière, de façon très directe et manuelle.
Si quelque chose a changé, c’est que la croissance me rend plus attentif à la nécessité de préserver cette intimité. La marque est passée de quelque chose de très petit et personnel à une conversation plus large, mais le processus reste lent et réfléchi. Le studio est toujours centré sur la fabrication plutôt que sur une production à grande échelle. Pour moi, c’est important de maintenir cette proximité, même si le public s’élargit. Le travail est né de quelque chose de très personnel, et je pense que ça continue de façonner la manière dont il se développe. Le défi, c’est de grandir sans perdre cette honnêteté dans le processus.
PAR AP MEDIA PRESSE























