SPRAYGROUND À LA LONDON FASHION WEEK

SPRAYGROUND

Par Hayat Adhmi, Fondatrice & Éditrice en Chef, AP MEDIA PRESSE

Londres, 17-18 septembre 2025

QUAND LA RÉBELLION DEVIENT ACTE DE FOI

Dans l’écrin art déco du Freemasons Hall, temple londonien où la mode écrit ses plus belles pages depuis des décennies, quelque chose d’inattendu s’est produit le 18 septembre 2025. Sprayground — cette marque qui a passé treize ans à défier les conventions de l’industrie — s’apprêtait à présenter son tout premier défilé à la London Fashion Week. Pas une collection sage pour plaire aux puristes. Pas un exercice de style pour amadouer les critiques. Mais quarante-sept créations qui incarnaient une philosophie aussi radicale que nécessaire : celle d’un créateur qui refuse de choisir entre art et accessibilité, entre audace et humanité.

La veille de cet événement historique, David Ben David, fondateur et directeur artistique de Sprayground, a accordé une interview exclusive à AP MEDIA. Dans l’intimité d’un moment suspendu entre création et consécration, loin de l’effervescence des ultimes préparatifs, il s’est confié sur sa vision, son parcours et cette philosophie qui anime chacune de ses créations. Voici ce qu’il a révélé.

PRISE DE RISQUE ET CRÉATIVITÉ

Si l’on ne prend pas de risque chaque jour, la journée n’est pas réussie, la journée n’aura servi à rien.

Le seul moyen de réussir est justement de prendre des risques chaque jour. On doit sans cesse aller de l’avant, expliquer, essayer encore et toujours ! Si ça ne marche pas, il ne faut pas s’entêter : il faut passer à autre chose.

Cette philosophie du risque quotidien n’est pas un slogan marketing. C’est une pratique vécue, assumée, revendiquée. Dans une industrie où la prudence financière dicte souvent les choix créatifs, Ben David fait le pari inverse : celui de l’audace comme moteur de croissance. Mais attention — son approche n’a rien d’une fuite en avant. Le risque, chez lui, est calculé, réfléchi, toujours au service d’une vision claire. C’est cette discipline paradoxale — oser sans s’entêter, innover sans s’égarer — qui distingue les vrais créateurs des simples provocateurs.

(COLLABORATION ET ART DU NARRATIF (STORYTELLING : L’ART DE RACONTER UNE HISTOIRE)

Quand on collabore avec d’autres personnes, on ne colle pas simplement un personnage, une image originale sur un sac : on doit collaborer ! C’est en cela que réside le secret de la véritable collaboration !

Comment interpréter le narratif qui m’est proposé ? Le secret tient dans la façon de comprendre et de conceptualiser ce qui est soumis à mon jugement, à ma sagacité.

En présence de bons correspondants, s’ils sont bons, ils saisissent rapidement votre manière de voir les choses et c’est là que réside la réussite de nos collaborations contractuelles.

Je ne veux pour exemple que le SpongeBob : je colle le SpongeBob sur le sac et je le dote d’une grande gueule de requin, ce qui est très inhabituel pour un SpongeBob ! Et pourtant, c’est cela qui les a convaincus et qui leur a fait accepter cette idée pourtant si inhabituelle.

Résultat : tous les joueurs NBA se servent du sac SpongeBob. C’est fou ! Cela m’a fait réaliser qu’il faut rester pertinent pour imposer ses concepts.

Autre exemple : le projet du Metropolitan Museum.

Nous devions concevoir quelque chose de spécial. Cela m’a pris trois années d’explications et d’argumentation pour parvenir à imposer mes idées sans renoncer à mes concepts initiaux. Et nous avons ainsi attiré de nouveaux visiteurs au musée — des personnes qui, auparavant, n’auraient jamais visité le musée. Quand on obtient ce déclic, on peut entendre des « Ouah, quel lieu fantastique ! ». C’est ça la Culture !

Trois ans. Trois années pour convaincre le Metropolitan Museum. Combien de créateurs auraient abandonné ? Combien auraient dilué leur vision pour obtenir un oui plus rapide ? Cette obstination — que d’aucuns jugeraient excessive — révèle en réalité le cœur de la démarche de Ben David : il ne négocie jamais sur l’essentiel. SpongeBob peut avoir une gueule de requin parce que c’est cette incongruité même qui fait sens. Le Met doit accepter une approche radicale parce que c’est précisément ce qui ouvrira ses portes à de nouveaux publics.

Le résultat lui donne raison. Mais la vraie question demeure : dans un monde où les collaborations se multiplient au point de devenir interchangeables, où placer le curseur entre compromis nécessaire et compromission inacceptable ? Ben David semble avoir trouvé sa réponse : collaborer, oui. Céder sur sa vision, jamais.

L’ÉDUCATION ET L’ARCHITECTURE : LA VISION DE L’AVENIR

J’aime enseigner, notamment les jeunes. Cela m’oblige à chercher une façon nouvelle et captivante de conserver l’attention d’une classe d’âge sujette aux distractions. Comment les captiver ? Les œuvres de Frank Lloyd Wright, le célèbre architecte américain ; l’art de la Renaissance.

J’ai réalisé un sac dont le moule seul a coûté dix mille dollars, un sac inspiré de l’architecture de la Rome antique et de Méduse. Ce n’était pas pour vendre, mais tout simplement pour démontrer l’étendue des possibles. 

Dix mille dollars pour un moule. Pas pour vendre, mais pour démontrer. Cette anecdote résume à elle seule une certaine idée de la création : celle où l’acte créatif n’est jamais uniquement commercial. Ben David se révèle ici sous un jour moins attendu — celui de l’éducateur, du passeur de culture. Frank Lloyd Wright, la Renaissance, l’architecture romaine : autant de références qui pourraient sembler éloignées de l’univers streetwear, mais qui sont pourtant au cœur de sa démarche.

Cette volonté de transmission soulève néanmoins une interrogation : peut-on vraiment éduquer par la mode ? Le pari est audacieux. Si un sac peut faire découvrir Wright à une génération qui ne l’aurait jamais étudié, alors oui, la mode devient vecteur culturel. Mais le défi reste immense dans une époque où l’attention se fragmente et où l’immédiateté prime sur la profondeur.

LE DOMAINE SPATIAL ET LA VISION DE L’AVENIR

Nous avons travaillé avec Buzz Aldrin (le deuxième astronaute à avoir mis le pied sur le sol lunaire, après Neil Armstrong), quelqu’un qui a la réputation de refuser toutes les collaborations qu’on lui propose. Il m’a rejoint pendant les séances photoshoot : il cherche le moyen le plus rapide de conquérir la planète Mars !

C’est ainsi que la collection « Mission martienne » a comporté des sacs à panneaux solaires et des éléments artistiques futuristes, juste pour démontrer l’étendue des possibles. J’ai même breveté une série de sacs pour voyageurs de l’espace. Le jour viendra où ils en auront besoin. Les Humains projettent de faire des bonds de planète en planète un jour… et nous serons là, à leurs côtés.

Des sacs pour voyageurs de l’espace. Brevetés. L’affirmation pourrait prêter à sourire si elle ne révélait pas une caractéristique fondamentale de Ben David : sa capacité à projeter sa vision bien au-delà de l’horizon immédiat. Là où d’autres marques pensent collections saisonnières, lui pense décennies. Là où l’industrie anticipe les tendances du prochain trimestre, lui brevète pour un futur que nous commençons à peine à imaginer.

Cette audace prospective est-elle visionnaire ou utopique ? La frontière est ténue. Ce qui est certain, c’est que cette capacité à se projeter dans des temporalités longues distingue radicalement Sprayground de ses concurrents. Reste à voir si le marché suivra — ou si Ben David, comme souvent, aura simplement quelques années d’avance.

CULTURE ET VISION

Nous avons apporté la Culture à des gens qui ne pensaient même pas que cela pouvait les concerner. Cela démontre que l’on peut arriver à tout si l’on a la foi et la volonté de réussir.

Pour moi, la mode signifie éducation, collaboration et risques — en veillant toujours à prendre des précautions.

Le Défilé : Manifeste en Mouvement

Le lendemain, au Freemasons Hall, cette philosophie s’est matérialisée sous nos yeux. La collaboration Frank Lloyd Wright occupait une place centrale du défilé, prouvant une fois de plus que Ben David ne suit jamais les tendances : il les crée, les réinvente, les projette dans des dimensions insoupçonnées.

Présentée dans le cadre du prestigieux International Designer Program du British Fashion Council, cette collection de 47 looks haute couture — réalisés à partir de tissus recyclés et de patrons innovants, certains en 3D, d’autres abstraits — s’inscrit dans la continuité d’une collection automne 2025 qui comptait pas moins de 450 imprimés, motifs et techniques différents. Un chiffre vertigineux qui témoigne de l’énergie créative inépuisable de Ben David.

Sprayground incarne aujourd’hui cette fusion rare entre street culture et luxe accessible. Présente dans plus de 90 pays avec 105 boutiques monomarques en Chine, et désormais au Royaume-Uni via une collection capsule exclusive de 10 pièces chez Harrods et un déploiement prévu dans une cinquantaine de points de vente dont Harvey Nichols, la marque a su rester fidèle à sa devise fondatrice : **Qualité × Fonction × Design**.

Chaque création raconte une histoire à travers l’inspiration et la culture pop. La durabilité et la fonctionnalité ne sont jamais sacrifiées : compartiments pour ordinateurs portables et tablettes, emplacements pour écouteurs et lunettes de soleil, support ergonomique — chaque détail est pensé pour répondre aux besoins des technophiles d’aujourd’hui, tout en repoussant les limites esthétiques de la mode.

Mais au-delà des succès commerciaux et des chiffres impressionnants, ce qui frappe chez David Ben David, c’est son humanité. Cette capacité à rester humble malgré l’empire qu’il a bâti. Cette générosité qui le pousse à éduquer les jeunes, à aider ceux qui en ont besoin, à ouvrir des espaces que d’autres considèrent fermés.

Sur ce podium londonien, voir sa mère Carol Carmel — courtière immobilière respectée depuis plus de vingt-cinq ans — et sa fille marcher à ses côtés aux côtés de mannequins professionnels n’était pas un simple geste symbolique. C’était l’incarnation parfaite de ce que Sprayground représente : un espace où la rébellion se conjugue avec la foi, où l’audace s’allie à l’inclusion, où chacun — vraiment chacun — trouve sa place.

Au-Delà du Podium : Questions Ouvertes

Car si le défilé londonien marque indéniablement un tournant pour Sprayground, il soulève aussi des interrogations légitimes. La première : cette esthétique streetwear, aussi sophistiquée soit-elle, peut-elle vraiment transcender son origine pour s’imposer durablement sur les podiums de la haute couture ? Le pari est audacieux dans un milieu où les codes restent, malgré tout, jalousement gardés.

La seconde question concerne la scalabilité du modèle. Ben David a bâti son empire sur l’édition limitée, la rareté, l’exclusivité. Mais avec une expansion internationale massive (105 boutiques en Chine, présence dans plus de 90 pays, déploiement UK avec 50 points de vente prévus) et des collaborations prestigieuses annoncées — Porsche, Lamborghini, la Fondation Frank Lloyd Wright — comment maintenir cette aura d’inaccessibilité tout en élargissant sa base de clientèle ? Le risque de dilution est réel.

Enfin, il y a la question du temps. Dans une industrie où les tendances se consument à la vitesse de la lumière, où les marques streetwear émergent et disparaissent en quelques saisons, Sprayground devra prouver que son modèle n’était pas seulement adapté à une époque, mais porteur d’une vision pérenne.

Un Espace Où Chacun Appartient

Pourtant, au-delà de ces interrogations stratégiques, une certitude demeure : David Ben David a compris quelque chose d’essentiel que beaucoup dans l’industrie peinent encore à saisir. La mode n’est pas qu’affaire de vêtements ou d’accessoires. C’est un langage, un vecteur culturel, un espace de possibilités. Et dans cet espace qu’il a patiemment construit — de ce premier sac « Hello My Name Is » aux podiums londoniens, du Bronx aux étoiles, de 450 imprimés pour une seule collection aux collaborations avec des géants automobiles comme Porsche et Lamborghini — il a su créer quelque chose de rare : un univers où l’audace créative ne s’oppose pas à l’inclusion, où la rébellion devient acte de foi, où chacun, vraiment, peut trouver sa place.

Lorsque Karl Lagerfeld affirmait que « la mode est un langage qui se crée dans les vêtements pour interpréter la réalité », il aurait pu parler de ce que Ben David accomplit. Car à Londres, ce soir-là, nous n’avons pas simplement assisté à un défilé. Nous avons été témoins d’une vision qui transforme la mode en culture, l’audace en inclusion, et les rêves en réalité tangible.

Interview réalisée par l’équipe AP MEDIA

Londres, septembre 2025

AP MEDIA— Agence de presse parisienne spécialisée en mode et culture  

SPRAYGROUND— L’expression de la rébellion, de l’individualité et de la créativité  

sprayground.com

author avatar
AP Media Presse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Verified by ExactMetrics