Dua Lipa en Schiaparelli : la mariée qui savait ce qu’elle citait

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Quand Dua Lipa épouse l’histoire de la mode

Pour son mariage civil à Londres, la chanteuse a choisi un tailleur-jupe couture qui convoque une figure tutélaire : Bianca Jagger, 1971, Saint-Tropez. Un geste stylistique précis, délibéré et parfaitement maîtrisé.

Il y a des tenues de mariage que l’on regarde. Et d’autres que l’on déchiffre. Celle que Dua Lipa portait le 31 mai, sur les marches de l’Old Marylebone Town Hall à Londres, appartient à la seconde catégorie. Aux côtés de Callum Turner, dans la simplicité apparente d’une cérémonie civile, la chanteuse est apparue dans une silhouette Schiaparelli conçue sur mesure par Daniel Roseberry. Un blazer ivoire à la construction nette, presque architecturale, marqué à la taille, ponctué de boutons-bijoux dorés. Une jupe asymétrique pensée autour d’un bustier structuré, bordé de dentelle. Des gants immaculés, des escarpins Christian Louboutin, un collier serpent Bulgari, et, en point d’orgue, un chapeau à larges bords doublé de feuille d’or signé Stephen Jones. Rien n’est décoratif. Tout est intention.

La référence s’impose très vite : Bianca Jagger, Saint-Tropez, 12 mai 1971. Pour épouser Mick Jagger, elle portait un ensemble ivoire signé Yves Saint Laurent une veste Le Smoking, une jupe longue, un chapeau souple voilé. La veste, fermée d’un seul bouton, était portée à même la peau. Une silhouette devenue instantanément iconique, mais qui était, avant tout, un geste. En 1971, choisir un tailleur pour se marier n’était pas une variation stylistique, c’était une rupture. Le Smoking, introduit par Yves Saint Laurent en 1966, bousculait encore les normes vestimentaires en empruntant au vestiaire masculin pour redéfinir la silhouette féminine. L’adopter pour un mariage revenait à refuser l’idée même d’un rôle assigné. Bianca Jagger ne détournait pas la tradition : elle la redéfinissait.

Photo: Getty Images

C’est cette ligne que Dua Lipa réactive, avec Schiaparelli comme relais. Daniel Roseberry ne cite pas, il interprète. Là où Saint Laurent travaillait la pureté de ligne, Schiaparelli introduit une dimension plus expressive, presque narrative. Les boutons-bijoux, la dentelle, le chapeau doublé d’or inscrivent la silhouette dans un vocabulaire surréaliste, où le vêtement dépasse sa fonction pour devenir objet de pensée. La filiation est claire, mais elle n’est jamais figée.

Entre Bianca Jagger et Dua Lipa, d’autres figures ont prolongé cette réflexion sur le vestiaire nuptial. Amal Clooney, en 2014, choisissait un tailleur-pantalon Stella McCartney pour sa cérémonie civile. La même année, Solange Knowles apparaissait dans une combinaison-cape signée Stéphane Rolland, redéfinissant les volumes attendus. Plus récemment, Charli XCX optait pour une silhouette Vivienne Westwood à la mairie de Londres, tandis que Maya Hawke privilégiait une robe Prada sur mesure accompagnée d’un manteau à plumes. Autant de réponses à une même question : que signifie se marier en tant que femme visible, consciente de son image, dans un espace saturé de références ?

Dua Lipa y répond avec précision. Choisir Schiaparelli, c’est refuser la neutralité, affirmer que la tenue de mariage n’est pas un effacement mais une prise de position, que le vêtement, même dans ce moment codifié, reste un langage et que ce langage peut être cultivé, informé, référencé. Un second mariage est déjà évoqué, cette fois à Palerme. Les noms circulent : Donatella Versace, Simon Porte Jacquemus. Deux visions, deux écritures possibles du corps. Mais quelle que soit la suite, une chose est déjà actée : le premier chapitre n’était pas un simple moment. C’était une déclaration.

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