Trois générations de glamour, une même Principauté

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Pour la 65e édition du Festival de Télévision de Monte-Carlo, la cérémonie de clôture a rejoué, sans le savoir, l’histoire même qui a fondé l’événement. Le Festival a été créé en 1961 par le Prince Rainier III, cinq ans après avoir épousé une actrice américaine devenue princesse et soixante-cinq ans plus tard, c’est encore cette rencontre entre deux mondes qui se reflète, sous trois visages différents, à commencer par celui de Jazmin Grace Grimaldi, sur le même tapis bleu.

Elle y apparaît rarement. Fille aînée du Prince Albert II, installée aux États-Unis, elle ne revient en Principauté que par intermittence, pour voir son père. Cette année, elle a fait le déplacement deux fois : à l’ouverture, dans une robe noire au nœud sculptural démesuré sur l’épaule dénudée ; à la clôture, dans un fourreau rouge écarlate qui tranchait net avec le bleu nuit de la salle. Entre les deux apparitions, un détail : elle a récemment abandonné le blond qui la rapprochait visuellement de sa grand-mère, Grace Kelly l’icône fondatrice dont le mariage avec Rainier III a donné naissance au Festival lui-même pour une coupe brune au carré, courte et nette. Ce choix de couleur n’est pas anodin chez une femme qui a publiquement revendiqué, cette année encore, le droit de ne plus être lue à travers l’héritage d’une autre. Jazmin chante aujourd’hui sous le nom de scène JAZMIN, et son premier single, Cup of Tea, raconte une identité qu’elle construit loin du protocole.

À quelques mètres d’elle, sur le même tapis, Katherine Kelly Lang et Jacqueline MacInnes Wood incarnaient une autre forme de permanence monégasque. Brooke et Steffy, les héroïnes qu’elles interprètent depuis des décennies dans The Bold and the Beautiful, ont leur propre légende en Principauté : chaque édition du Festival ramène la délégation du soap américain pour une séance de dédicaces qui draine, depuis des années, une ferveur que peu de fictions contemporaines suscitent encore.

La veille, lors de la soirée Roaring 65th aux accents années folles, les deux actrices avaient déjà délaissé le plateau de tournage pour la robe de soirée, photographiées sur ce même tapis qu’avait foulé le couple princier un basculement du registre feuilleton au registre gala devenu, au fil des éditions, presque un réflexe. Ce n’est pas une présence protocolaire. C’est une habitude entretenue de part et d’autre celle d’un public monégasque et international qui a grandi avec ces visages, et celle d’un feuilleton qui a fait de Monte-Carlo une étape quasi rituelle de son calendrier promotionnel.

Trois femmes, trois rapports différents à la notoriété. Grimaldi porte un nom qu’elle n’a pas choisi et qu’elle réinvente lentement, par la musique plutôt que par la fonction. Lang et MacInnes Wood portent des personnages qu’elles ont choisi d’habiter pendant des décennies, jusqu’à ce que la frontière entre l’actrice et le rôle s’efface dans l’esprit du public. Aucune des deux logiques n’est supérieure à l’autre ; elles dessinent simplement deux définitions possibles de la durée. Une durée que l’industrie, pour les actrices en particulier, ne cesse de fragiliser : l’âge qui referme des rôles plus tôt que pour leurs partenaires masculins, le typage dont on ne sort plus, la pression d’un temps qui ne joue jamais à armes égales.

Ce qui frappe, en les voyant cohabiter sur le même tapis bleu, c’est la manière dont Monte-Carlo continue de fonctionner comme un point de convergence improbable : la fille d’un prince régnant, et les héroïnes d’un soap diffusé depuis 1987, se croisent sans hiérarchie apparente, photographiées par les mêmes objectifs, sous les mêmes lumières. Le Festival n’a jamais eu besoin de trancher entre la noblesse réelle et la noblesse fictionnelle. Il les fait simplement coexister, chaque mois de juin, comme si la distinction n’avait jamais eu beaucoup d’importance.

Reste à savoir, d’une édition à l’autre, laquelle des trois définitions du glamour continuera de se réinventer et laquelle se contentera de durer. Sur ce même tapis bleu, Adriana Karembeu et Marc Lavoine avaient ouvert le bal des couples ; les trois femmes de cette soirée en auront fermé la boucle.

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