Elle a fait deux apparitions cette année à Monte-Carlo à l’ouverture, le 12 juin, puis à la clôture du Festival de Télévision, le 16. Pour une femme dont la rareté des sorties publiques constitue presque une signature, ce doublé suffit à interroger. Mais pour comprendre ce que signifie, chez Jazmin Grace Grimaldi, le simple fait d’être vue, il faut remonter avant les tapis, avant les robes, jusqu’à une date administrative que peu de monde connaît : 2006.

Jazmin Grace Grimaldi est née en 1992, fruit d’une liaison d’été entre le futur Prince Albert II et une Américaine, Tamara Rotolo. Pendant quatorze ans, elle a grandi sans existence légale dans la famille princière non pas cachée au sens romanesque du terme, mais simplement non reconnue, dans cette zone administrative où l’on est l’enfant de quelqu’un sans en porter le nom. La reconnaissance officielle n’est arrivée qu’en 2006, alors qu’elle avait quatorze ans : l’âge où la plupart des adolescentes commencent tout juste à comprendre qui elles sont, elle a dû apprendre, en plus, qui elle devenait officiellement aux yeux d’un État.

Ce détail biographique n’est pas une anecdote parmi d’autres. Il éclaire, rétrospectivement, toute la suite : une jeune femme qui a choisi de vivre la majeure partie de l’année aux États-Unis, qui ne revient en Principauté que par intermittence pour voir son père, et qui a construit son identité non pas dans le protocole monégasque, mais dans des métiers qui n’avaient pas besoin de validation dynastique. Elle s’est essayée à la comédie par la porte la plus modeste une apparition de figurante, non créditée, dans deux épisodes de La Fabuleuse Madame Maisel en 2019 avant d’obtenir, l’année suivante, un vrai rôle crédité dans le film Cicada, aux côtés de Cobie Smulders. Plus récemment, c’est la musique qu’elle a choisie pour continuer à se raconter, sous le nom de scène JAZMIN.

À la clôture du Festival, elle est apparue dans une longue robe rouge drapée, les cheveux désormais bruns, coupés court un choix qui tranche avec les années où elle cultivait, blonde, une ressemblance visuelle avec sa grand-mère, la Princesse Grace. Il y a quelque chose de presque littéral dans ce changement de couleur, lu à la lumière de 2006 : une femme à qui l’on a longtemps dit qui elle ressemblait, avant même qu’on lui dise officiellement qui elle était, choisit aujourd’hui de ressembler à elle-même.
Le Prince Albert II et la Princesse Charlène ont assuré, ce soir-là, l’essentiel du protocole photocall, remise de la Nymphe de Cristal à Kurt Russell, distinctions pour les jeunes talents de l’édition. Jazmin, elle, n’avait aucune fonction officielle à tenir. Sa présence n’obéissait à aucun script dynastique : elle était simplement là, comme une fille qui vient voir son père travailler, dans une famille où ce genre de geste a longtemps été plus compliqué qu’il ne devrait l’être.
Reste une question, qui dépasse le seul cadre de Monte-Carlo : combien de temps faut-il, après quatorze années sans existence officielle, pour qu’apparaître redevienne un choix plutôt qu’une obligation ?
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