SOLID HOMME, quand la mode rêve d’un monde après la nature
À la Maison des Métallos, sous un mur jaune éclatant qui transformait l’espace en boîte de lumière saturée, SOLID HOMME a présenté le 24 juin sa collection Printemps-Été 2027 intitulée “After Nature” une méditation sur le rapport que l’humanité entretient, aujourd’hui, avec un monde naturel qu’elle ne cesse à la fois de protéger et de réinventer.
Le choix scénographique en dit déjà long sur l’ambition du propos. Drapé de filets jaunes évoquant les structures de laboratoire, l’espace de présentation abritait des terrariums où vivaient de minuscules écosystèmes, observés à travers des loupes convexes fixées directement sur le verre. Les mannequins déambulaient entre ces installations comme des chercheurs égarés dans leur propre expérience incarnant, par leur seule présence, ce paradoxe que SOLID HOMME place au centre de sa collection : vouloir préserver la nature tout en cherchant sans relâche à la reconstruire. Ce dispositif n’était pas un simple décor : il fonctionnait comme une clé de lecture, où chaque silhouette devenait elle-même un petit écosystème, un fragment observé à la loupe.
Toute la collection se construit sur des dualités qui ne cherchent jamais à se résoudre. Utilité et élégance, familiarité et innovation, nature et technologie cohabitent dans un vestiaire pensé pour une vie moderne vécue au grand air. Les silhouettes rigides s’effacent au profit de coupes détendues : vestes workwear, coupe-vent, blousons et pièces d’extérieur légères, tous traités pour paraître déjà usés, déjà vécus comme si le vêtement portait en lui la trace du temps passé dehors.
Les matières participent pleinement à cette narration. Soies délavées, cotons texturés, tissus perforés : chacune semble façonnée par l’usure plutôt que par la nouveauté. À cette base presque organique s’ajoutent des ensembles fluides et des chemises qui introduisent une douceur de mouvement, contrebalançant la robustesse du workwear par une légèreté presque liquide.
C’est dans les détails que la collection révèle pleinement sa logique. Chaque accessoire raconte un geste d’exploration : capuches techniques, bobs de type boonie hat, loupes portées en pendentif autour du cou, sacs inspirés du matériel de terrain tout ramène à l’idée d’observation, de découverte, presque de mission scientifique amateur. Les gilets utilitaires, combinaisons et bottes en caoutchouc, déjà familiers du vestiaire outdoor classique, sont ici détournés par un stylisme inattendu et des injections de couleur vive qui les arrachent à leur fonction purement pratique.
On retrouve, sur les silhouettes observées au défilé, cette même logique : les bobs colorés bleu ciel, beige, kaki, corail coiffent presque chaque passage, parfois doublés d’une visière en résille qui évoque directement l’équipement de protection solaire ou d’observation naturaliste. Les sacs en bandoulière, qu’ils soient en toile rayée ou en cuir orange vif, complètent cette identité de baroudeur urbain, mi-explorateur mi-flâneur.
La gamme chromatique choisie par SOLID HOMME suit la même logique de dialogue entre le sobre et le vivant. Une base de tons mousse, lait, verts sourds et neutres terreux constitue le socle de la collection la toile de fond, presque le sol sur lequel tout repose. Sur cette base viennent éclater des touches de jaune canari, violet, bleu céruléen et rouge coquelicot, comme des signaux visuels qui semblent jaillir naturellement du paysage plutôt qu’être appliqués par la main du styliste.
Au fond, “After Nature” ne parle pas seulement de vêtements. La collection propose une réflexion plus large sur la manière dont l’humain habite aujourd’hui le monde naturel — non plus en simple témoin, mais en acteur qui transforme ce qu’il observe, qui reconstruit ce qu’il prétend protéger. SOLID HOMME signe ainsi une collection qui ne cherche pas l’évidence du vêtement d’été classique, mais une proposition plus réfléchie, presque philosophique, où chaque pièce devient le témoin d’un rapport complexe et non résolu entre nature et invention.
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