Rolf Ekroth à Paris : le bonbon comme manifeste

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Rolf Ekroth, le bonbon comme manifeste

Il y a une saison, Rolf Ekroth devait déjà faire traverser la mer Baltique à sa collection. Le projet avait fait naufrage. Cette fois, le créateur finlandais ne laisse plus rien au hasard : il joue son va-tout. « Il faut qu’on grandisse, qu’on génère des ventes, qu’on soit plus présents là où les choses se passent », résumait-il sobrement en visioconférence, avant le défilé. Ancien joueur de poker professionnel, il n’a jamais été du genre à miser petit. « Paris donne une impression de sérieux alors j’ai fait une collection très ludique », confiait-il, avant d’ajouter une touche personnelle à l’événement : une rave organisée au club Mia Mao, jauge d’environ 2 500 personnes, le même lieu où se tenait le défilé.

Tout part d’un appétit dévorant pour les bonbons à l’unité : sucettes acidulées en forme de tête de mort, réglisse salée façon Salmiak, oursons gélifiés moelleux. Ekroth a tricoté ses friandises préférées dans un pull façon Fair-Isle, et avec sa collaboratrice Matilda Diletta, a dessiné un imprimé où ces bonbons se répartissent selon la logique d’un tatouage de marin.

Le look d’ouverture donnait le ton : un imperméable et une jupe à plis tubulaires, conçus pour affronter l’instabilité des étés finlandais, dans un polyester doré et chatoyant qui n’était pas sans rappeler ces papiers de bonbons froissés, bruyants, aux extrémités torsadées. Au-dessus, la version Ekroth du bonnet de pêcheur, animée de découpes pointues qui le transformaient en couronne digne d’un roi des bonbons nom emprunté, précise-t-il, à une confiserie finlandaise qu’il ne nomme pas davantage.

Vestes, blousons et pantalons jouaient sur des poches zippées en relief, en forme de pastille ou de bonbon façon Good & Plenty, « conçues à l’origine pour le stockage extrême de friandises », selon les notes du défilé. Des pendentifs en forme d’ours gélifiés se balançaient à des anneaux en D, les chemises s’équipaient de capuches, joggings et shorts s’habillaient de rayures. Quant aux associations de couleurs un anorak moka et pêche, entre autres elles avaient quelque chose d’assez gourmand.

 

La pièce unique qui referme traditionnellement chaque saison de la marque prenait cette fois la forme d’une combinaison matelassée argentée, dont l’allure évoquait l’emballage du géant laitier finlandais Valio, partenaire partiel du défilé. Son beurre, expliquait Ekroth avec une certaine fierté, équipe nombre de boulangeries haut de gamme parisiennes. Qui l’aurait su ?

En hommage aux traditions de la haute couture, le défilé s’est achevé sur un look nuptial pensé pour un marié : un imprimé floral rose, vert et ivoire un peu naïf, associé à un pantalon à rayures latérales, profondément godronné et plissé dans des proportions démesurées, et à un haut matelassé et dos nu, vaguement inspiré des enveloppements de Christo, qui rappelait un gilet de sauvetage avant-gardiste.

Pour un créateur indépendant comme Ekroth, les conditions restent toujours celles d’un sauve-qui-peut. Mais malgré ou grâce à ses curiosités, cette collection a fait mouche, avec une joie communicative. Elle a offert un soulagement symbolique face à la canicule ambiante, et une vraie alternative à des propositions trop sages, trop fades.

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