Clara Colette Miramon SS27 : L’immersion Humid à Berlin

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Il pleuvait à Berlin le troisième jour de la Fashion Week, et cette pluie, on l’a comprise après coup comme une mise en condition plutôt qu’un contretemps. Devant Acht Berlin, dans le Mitte, tout le petit monde de la mode se serrait sous un passage couvert, hésitant entre kombucha au concombre et prosecco un détail presque trop parfait, tant il annonçait déjà ce qui attendait à l’intérieur. Clara Colette Miramon, pour son Printemps-Été 2027 baptisé Humid, ne présente pas une collection : elle organise une immersion, et fait de la météo elle-même un premier indice.

Un chemin en spirale conduit le public vers un atrium de verre installé en sous-sol, où la condensation embue déjà les parois avant même l’entrée en piste. Des fleurs viennent s’y presser, des gouttes glissent le long des vitres, et des dessins tracés à la main dans la buée rappellent ce geste d’enfance écrire du bout du doigt sur une vitre de voiture embuée un jour de pluie d’été. Le décor ne se contente pas d’illustrer le thème de l’humidité : il en fait littéralement l’expérience, avant même que le premier look n’apparaisse.

Ce premier look, justement, pose déjà tout le langage de la saison. Un imprimé d’éléphant à résonance enfantine se déploie sur une robe t-shirt à col en PVC turquoise, portée avec des ballerines classiques. Bracelets de perles XXL, immense pince d’oreille vert menthe, multiples barrettes pastel glissées dans les cheveux des mannequins : ces accessoires reviennent comme une signature qui traverse tout le défilé, entre souvenir d’enfance et bijou fantasmé.

Au-delà de l’esthétique immédiate, l’humidité, chez Miramon, dépasse largement la condition climatique — elle devient métaphore de croissance, de transformation, de mémoire et de désir. Les capes en PVC transparent, taillées pour épouser le corps sans jamais l’alourdir, les détails en plastique clair travaillés comme des gouttes figées, les accessoires en forme de coquillage et les éléments floraux prolongent cette idée de condensation et de végétation luxuriante. En vis-à-vis, les pièces en mousseline fluide, les corsets structurés spécialité de la maison, ici retravaillés en versions courtes et cintrées, les survêtements recouverts de dentelle à manches bouffantes, les pièces de lingerie apparente, les ongles longs en acrylique et les constructions en denim inspirées du string viennent construire une féminité plus assumée, plus frontale. La collection tient ces deux régimes ensemble sans jamais les opposer : la vapeur d’un côté, la chair de l’autre, la transparence répondant à la matière dense du corset comme deux états d’un même corps.

À cela s’ajoutent des touches résolument nostalgiques l’imprimé éléphant déjà cité, des soutiens-gorge fluo, des nœuds papillon, des cols marins et une première incursion de la maison dans la chaussure, avec des escarpins peep-toe à talon haut et des chaussons de danse. L’ensemble compose une image de sirène moderne saupoudrée d’un éclat très années 2010, comme si chaque silhouette promettait de transformer qui la porte en prochaine it-girl.

Un point mérite d’être souligné à part : la diversité des morphologies sur ce podium, souvent absente ailleurs cette semaine. Parler de féminité et de womanhood sans inclure tous les types de corps aurait sonné faux la collection choisit la cohérence plutôt que la façade, et cette cohérence se lit jusque dans la manière dont les corsets et les pièces les plus structurées sont coupés pour épouser des morphologies différentes plutôt qu’une seule silhouette de référence.

Les figures de la sirène et de la créature marine portent en elles une dualité que toute la collection cultive : l’innocence et la séduction, la douceur et le danger, la curiosité et le pouvoir. La bande-son signée Kin Amor fonctionne elle-même comme un chant de sirène mais c’est tout le paysage, sonore autant que visuel, qui happe le public dans cette image de la féminité que Clara Colette Miramon a choisi de dessiner, quelque part entre nostalgie et fantasme, entre souvenir fugace et affirmation tranquille.

Le romantisme y rencontre la retenue : drapés délicats, silhouettes sculpturales, un casting de personnages presque oniriques. Humid ne raconte pas une histoire linéaire, mais une succession de souvenirs doux, étranges, et d’une puissance qui ne s’impose jamais bruyamment. La pluie, dehors, n’aura finalement été que la première scène d’un défilé qui se refusait déjà à rester sec.

Courtoisie de Clara Colette Miramon

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