IOANNES, Salon 01 : coudre le passé pour habiller ce qui vient

80 vues
⏳ Temps de lecture : 3 minutes |

Au quatrième étage d’un immeuble de Mitte, sans ascenseur ce jour-là, on ne sait plus très bien si l’on monte vers un appartement ou vers une scène.

Chez IOANNES, c’est la même chose : Johannes Boehl Cronau ne sépare plus l’endroit où il vit de l’endroit où il montre. Salon 01, première présentation printemps-été 2027 du label, se tient chez lui et cette précision géographique n’est pas un détail pittoresque, c’est le sujet même de la collection.

Après Apokalypsis, sa collection automne-hiver 2026, Boehl Cronau amorce ici le premier volet d’une série d’expériences intimes, presque domestiques. Le vêtement y est rencontré là où il a été pensé, dans un décor construit autant par l’instinct que par le dessin.

Mobilier laqué et pièces rassemblées au fil des années des objets signés Mario Bellini, d’autres des frères Castiglioni voisinent sans artifice ni mise en scène rapportée. Au centre de l’appartement, une table conçue avec l’agence berlinoise Tor Studio impose sa propre fécondité : fruits à peine cueillis, fleurs, mets aux teintes profondes empilés comme au milieu d’un dîner déjà entamé.

Une brume légère traverse l’espace et installe un sentiment de suspension. On n’assiste pas à un défilé. On surprend un moment qui semble se poursuivre sans nous.

Les silhouettes n’y défilent pas au sens strict elles habitent la pièce. Elles apparaissent dans un miroir, s’installent parmi les invités, traversent une flaque de lumière avant de disparaître dans la pièce suivante. Seize looks composent Salon 01, resserrés dans une palette qui ne quitte jamais le noir et blanc. Jersey, dentelle, soie lavée : les matières restent sobres, à peine ponctuées d’éclats de couleur. Un motif qui pourrait passer pour une fleur abstraite révèle en réalité un tout autre geste du bois brûlé, sérigraphié sur le tissu. Une chemise et une longue jupe qui furent autrefois une robe entière : le retour aux fondamentaux dont parle Boehl Cronau prend ici une forme précise, presque chirurgicale.

Car Salon 01 revisite des pièces IOANNES de saisons passées. Le créateur va chercher dans ses propres archives, déchire, découd, puis recompose une manière de convoquer le passé pour y trouver, littéralement, ce qui vient. Le choix n’est pas un hommage nostalgique : c’est une méthode de travail, une façon de refuser la nouveauté comme seule valeur.

Le lieu, dit-il, a fini par devenir un guide, ces derniers mois. Il y voit aussi un écho plus ancien : celui des salons du siècle dernier, où les femmes pouvaient exercer une forme de pouvoir qui leur était refusée ailleurs. En choisissant ce format, IOANNES ne cite pas seulement une esthétique domestique il en réactive la fonction politique, discrètement, sans l’annoncer comme un concept.

L’expérience se referme par l’odorat, dans une collaboration avec la maison indépendante Escentric Molecules, bâtie sur la molécule Iso E Super une présence qui n’existe pleinement qu’au contact de la peau qui la porte, écho olfactif de la même idée : rien ne se referme sur lui-même, tout attend un corps. Salon 01 s’inscrit dans le programme FCG Studio2Retail, et les pièces sont vendues directement depuis l’espace, sans intermédiaire.

Reste la question de l’escalier qu’il a fallu monter pour arriver jusque-là, ascenseur en panne, quatre étages à pied : et si c’était déjà, sans le dire, la première pièce de la collection ?

Courtesy of IOANNES

© AP MEDIA PRESSE — Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *