Dior Dublin : le défilé historique Automne-Hiver 2027

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Il y a des choix de décor qui relèvent du calcul marketing, et il y a ceux qui relèvent de l’intime. Le 4 décembre prochain, Dior présentera sa collection Automne-Hiver 2027 au Trinity College de Dublin première incursion de la maison en Irlande, et premier retour de Jonathan Anderson dans la ville où tout, pour lui, a commencé.

Le directeur artistique, originaire d’Irlande du Nord, n’a pas caché l’émotion du geste. Sur Instagram, il s’est dit fier et enthousiaste de présenter cette collection au sein de la plus ancienne université du pays un lieu où, confie-t-il, sa propre carrière dans la mode a pris racine. Revenir à Dublin pour y défiler sous le nom de Dior n’a donc rien d’un simple choix scénographique : c’est une boucle qui se referme, celle d’un créateur qui ramène la maison la plus française qui soit sur le sol qui l’a vu débuter.

Le lieu, à lui seul, mérite qu’on s’y attarde. Fondé en 1592 par Elizabeth Ire sur le modèle d’Oxford et de Cambridge, Trinity College figure parmi les institutions les plus prestigieuses d’Europe un statut qu’il doit autant à son architecture qu’à ses collections patrimoniales, au premier rang desquelles le Livre de Kells, conservé dans son Ancienne Bibliothèque. C’est là, dans la mythique Long Room voûtes culminant à près de vingt mètres, près de 200 000 manuscrits et ouvrages anciens alignés sur ses rayonnages que les invités prendront place. La mode n’est plus une étrangère dans ce genre d’écrin : après la Cité Internationale de Paris, investie ces dernières saisons par Louis Vuitton ou Balenciaga, le dialogue entre les maisons de couture et les lieux de savoir semble devenu une tendance de fond, presque une nécessité de sens face à des podiums plus classiques.

Mais chez Anderson, le geste dépasse la scénographie. Dans le communiqué annonçant le défilé, il convoque une figure précise : Carmel Snow, rédactrice en chef irlandaise de l’édition américaine de Harper’s Bazaar de 1934 à 1958, avant cela rédactrice de mode pour Vogue. Son nom n’est pas anodin dans l’histoire de la maison. En 1947, au sortir de la toute première collection de Christian Dior celle qui donna naissance au tailleur Bar, devenu depuis une icône absolue , Carmel Snow aurait lancé au couturier une phrase restée gravée : que ses robes portaient une allure entièrement nouvelle, une révolution. De ce mot, « nouveau », est né le « New Look », expression qui allait sceller l’entrée de Dior dans l’histoire de la mode.

En choisissant de faire résonner ces mots précisément au moment d’annoncer Dublin, Anderson ne cherche pas la rupture. Il se place, au contraire, dans une filiation directe celle d’un créateur qui, comme Christian Dior avant lui, s’apprête à proposer quelque chose de nouveau tout en restant fidèle à l’esprit fondateur de la maison. Le choix n’est pas seulement biographique : il est aussi une manière de dire que revenir à ses origines et inventer peuvent être, au fond, le même geste.

Le trèfle à quatre feuilles qui accompagne l’annonce achève de tisser ce fil. Symbole de chance, mais surtout motif déjà présent dans le vocabulaire créatif d’Anderson depuis un moment, il vient rappeler que la rencontre entre Dior et l’Irlande ne débute pas avec ce défilé elle couvait depuis plus longtemps, portée par un créateur qui n’a jamais vraiment caché d’où il venait.

Reste à voir ce que la collection elle-même dira de cette rencontre entre patrimoine irlandais et maison française. Mais le geste, avant même la première silhouette, a déjà posé son enjeu : montrer qu’une institution centenaire peut se réinventer sans jamais renier ses racines ni celles de son histoire, ni celles de l’homme qui la dirige aujourd’hui.

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