Fashion Scout Ones To Watch, Édition 01 : un monde derrière chaque passage

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Plus de trois mille cinq cents fils de frange, cousus un à un. Ils composent un pantalon lilas et violet, porté avec un simple top rose sans manches, zippé sur le devant. D’après Fashion Scout, c’est l’une des pièces dont la réalisation a demandé le plus de temps à Adolf Maldonado. Le samedi 19 septembre 2026, à 19 heures, à Protein Studios, dans Shoreditch, Fashion Scout ouvrait la première des trois éditions de Ones To Watch, le programme qu’il place cette année au centre de son vingtième anniversaire. Huit créateurs y défilaient. D’une collection à l’autre, l’écran du fond changeait de monde.

Pour Maldonado, ce monde était l’image d’un mur de béton gris, presque brut. Le créateur, dont les débuts de février avaient été salués par Forbes et dont les pièces sont passées par FAULT et sur les épaules d’Ayra Starr, est parti cette fois de la mante religieuse, de ses couleurs et de ses textures, explorées en macrophotographie, avec la question du climat en arrière-plan. Les volumes s’amplifient, notamment dans le bas des silhouettes. Un pantalon noir à poils longs tombe sous un débardeur drapé, tandis qu’un manteau bleu glacier reprend la teinte d’une chemise satinée. Le kaki d’un pantalon ballon se gonfle sous un chapeau si large qu’il avale le visage. Un manteau olive surdimensionné, porté à même la peau, ramène l’ensemble à une ligne plus sèche. La référence à la mante reste indirecte, absorbée par les textures et l’exagération des proportions.

Chatchai Chaitrakulthong avait choisi le mouvement : un cheval lancé au galop, son jockey penché sur l’encolure, projeté en noir sur fond blanc. Devant l’image avancent des voyageurs, presque tous un sac à la main. Le bordeaux domine, du velours d’un ensemble au jacquard rouge d’une veste croisée, avant de céder à l’orange d’un manteau aux parements clairs puis au crème d’un long manteau à poil épais, porté avec des bottes de cow-boy. Formé à Savile Row et passé par Givenchy à Paris, le créateur part de la discipline du tailoring britannique. Ici, elle prend la route.

Le décor le plus littéral était aussi le plus juste. Christine Elizabeth défilait devant l’image d’un pré couvert de moutons. Pour une créatrice qui construit tout son langage à partir du tissage, le choix tient presque de la généalogie. Le bleu nuit d’une robe qui gonfle doucement sur les hanches laisse place au rose de robes droites à poches nouées, puis au crème d’une robe à la surface bouclée, évasée sous la taille. Un haut péplum blanc sur une jupe rose referme la série. Le fil est remonté jusqu’à la bête.

Chez Enny, les géraniums sur fond bleu annoncent une séquence solaire. Le jaune d’une robe à ourlet mouchoir, portée avec une grande capeline de paille, répond à l’orange d’un blazer et aux rayures vertes d’un pantalon. Le crochet et la maille crème adoucissent cette palette vive, avant une mini ballon fuchsia, assortie de sa pochette, et une longue robe rose et blanche aux volants bouillonnés, rehaussée d’un col de perles. Entre ses origines italiennes et son quotidien londonien, la marque fait ici pencher la balance vers l’Italie.

Mad Daisy, fondée en 2017 par la docteure Margarita Fedoseev, installe une galerie de statues sur l’écran du fond. La marque dit vouloir rétablir un lien entre l’art et la vie quotidienne, et sa collection, dominée par le blanc, semble sortie de ces salles. Une cape asymétrique ne couvre qu’une épaule au-dessus d’un body. Une robe dos nu se creuse de poches sculptées, une robe-manteau se fend haut sur la jambe, et une robe colonne bustier reçoit un blazer posé sur les épaules. Une veste courte aux épaules marquées et une tunique imprimée gris perle introduisent un registre plus quotidien.

Jinseo Park, née en Corée et installée à New York, avait préféré la sobriété d’un fond blanc. Diplômée de la SCAD, elle explore le lien entre le vêtement, le corps et l’émotion, et travaille ici les volumes dans des tons ivoire et chair. Sur une robe longue blanche, des plis se superposent aux épaules et se prolongent en manches de plumes et de tulle. Ailleurs, des drapés pêche froncés sur le buste sont encadrés d’immenses manches bouffantes jaune pâle.

Leila Daniele, qui revendique une démarche durable ancrée dans l’héritage ouest-africain, a déroulé une palette de terre et de sable. Une robe bustier asymétrique, à la matière texturée, laisse tomber un pan le long de la jambe. Une robe bronze froissée accroche la lumière, et un bustier crème se prolonge d’une jupe drapée à traîne. Un ensemble noir retient surtout le regard : son plastron au crochet, rebrodé de perles, s’effiloche en franges jusqu’à la taille.

C.Protocol, enfin, a fait le noir. Jinmin Chen et Cenyi Wang, diplômés du Royal College of Art, mêlent impression 3D, modélisation numérique et sculpture à porter pour interroger ce qui sépare un corps d’un objet. Une longue robe blanche zippée s’accompagne d’une coiffe en résille argentée, hérissée de pointes. Des bagues en forme de griffes prolongent les doigts. Une robe chair, épaules rembourrées et capuche, est froncée en rayons vers une ouverture sur le ventre, où brille une goutte argentée. Une robe beige s’enroule sur elle-même comme un bandage. Le passage le plus radical enveloppe une forme humaine d’une maille aux reflets métalliques, tête comprise, sans visage ni mains apparents. Le corps n’y est plus qu’un contour.

Eudon Choi a lancé sa marque il y a dix-neuf ans, avant de passer par Ones To Watch et de recevoir un Merit Award qui lui a ouvert trois saisons solo consécutives. Personne ne peut dire lequel des huit créateurs du 19 septembre suivra ce chemin. Leurs décors posaient pourtant une question qu’ils devront tous résoudre : une fois l’écran éteint, quel monde parviendront-ils à faire tenir dans le seul vêtement ?

Nous remercions I.DEA PR et Fashion Scout pour la mise à disposition des photographies du défilé.
Photographies : Chris Yates (@itschrisyates).

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