The Ouze SS27 : le geste change d’échelle

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Un tire-bouchon dessine un cœur ; un cadenas tranche sur un filet bleu ; un pendentif se détache des coulures d’un chandelier. À Londres, la présentation **The Ouze SS27** réunit bijoux et objets dans un environnement domestique transformé par la cire. Le bleu enveloppe les formes familières, tandis que le métal laissé apparent attire le regard. Le travail de l’atelier prend une autre dimension : les volumes sculptés à l’échelle du bijou ouvrent désormais des perspectives vers l’intérieur.

Avec *Show 3*, son troisième rendez-vous NEWGEN pendant la London Fashion Week, le studio de Toby Vernon rassemble des objets trouvés à Londres, recouverts de cire et disposés sur des socles blancs auprès de la collection printemps-été 2027. La diversité de cet inventaire retient autant l’attention que sa couleur. Théière, lavabo, chevalet, chaise, arrosoir, machine à écrire et vêtements suspendus évoquent plusieurs lieux à la fois : une maison, un atelier, un jardin, une garde-robe. Le bleu rapproche leurs surfaces sans faire disparaître leurs silhouettes.

À l’échelle de l’installation, les objets forment davantage qu’une succession de natures mortes. Les socles espacés, l’obscurité et les éclairages ponctuels donnent à chacun une place distincte. La présentation emprunte aux codes de l’exposition d’art, avec une attention aux distances et aux points de vue. Le regard circule entre de grands volumes et de petites pièces, puis s’arrête sur les rencontres entre la cire et le métal.

Le cadenas posé sur un filet bleu condense ce jeu de contrastes. La texture du support donne à l’objet métallique une netteté particulière. Ailleurs, un pendentif en forme de cœur suspendu à un chandelier oppose sa petite silhouette aux coulures de la matière qui l’entoure. Ces compositions rendent les bijoux visibles autrement que dans un écrin ou sur un présentoir : les reliefs de leur environnement participent à leur perception.

 

Le bleu provient de la cire utilisée dans l’atelier. Chaque bijou de The Ouze commence par un modèle sculpté à la main. Les proportions, les creux et les contours s’y décident avant leur transposition en métal précieux. Ce modèle disparaîtra pendant la fonte. *Show 3* lui accorde pourtant une présence comparable à celle de la pièce achevée, faisant de cette matière temporaire le lien entre les éléments exposés.

Une distinction visuelle se dessine ainsi entre les objets enduits et les pièces laissées métalliques. Les premiers construisent l’environnement ; les secondes retiennent la lumière et ramènent l’attention vers la collection. La scénographie donne une expression sensible au passage de la cire au métal.

Cette recherche prolonge celle que nous présentions dans notre article du 2 mars 2026, consacré à *The Process Is the Point*. Modèles en cire, fragments d’argent et formes inachevées accompagnaient alors les bijoux terminés. Une violoncelliste londonienne jouait une partition en construction, avec ses reprises et ses interruptions. Le temps de l’essai occupait une place centrale. Pour SS27, cette attention aux étapes intermédiaires s’étend aux objets et à l’organisation de l’espace.

Lors de notre entretien de mars 2026, publié par AP MEDIA PRESSE le 2 mars, Toby Vernon décrivait une pratique née de la curiosité et du besoin de fabriquer quelque chose de tangible pendant le confinement. La découverte de la fonte à cire perdue lui avait offert un terrain d’expérimentation, sans qu’un programme plus vaste ait précédé les premiers essais. « Il s’agissait de faire et de répondre au processus », expliquait-il alors. Les formes exposées pour SS27 permettent de retrouver cette manière d’avancer : travailler une matière, observer ce qu’elle rend possible, puis envisager d’autres applications

Les objets domestiques donnent à cette ouverture des expressions précises. Le tire-bouchon en forme de cœur conserve une fonction familière tout en affirmant une silhouette ornementale. Un bouchon de flacon surmonté d’une ballerine introduit un registre plus figuratif. Le grand vase à deux anses, avec sa surface irrégulière, porte la recherche vers un volume dont la présence relève autant de la sculpture que de l’usage.

Dans les images transmises par la maison, les vues rapprochées du vase et du pichet révèlent des stries, des creux et des irrégularités. La lumière latérale accentue ces reliefs et donne aux surfaces métalliques une présence plus tactile. Du cœur du tire-bouchon aux anses du vase, le modelage prend des formes différentes, à mesure que changent la fonction et les proportions de l’objet.

La relation au vêtement possède également des racines dans le parcours de Vernon. Dans notre entretien de mars, le créateur évoquait son intérêt, pendant ses études de mode, pour les broches, les boutons en argent et les éléments métalliques intégrés aux vêtements. Il continuait à penser ses bijoux à travers le placement, les proportions et le mouvement. « Ce sont des bijoux, mais ils portent des idées de mode, d’échelle, de structure, et se situent entre l’ornement et l’habit. »

Sur les silhouettes présentées, le bijou retrouve une échelle plus intime. Une grande épingle se détache sur un pull marine ; des barrettes argentées ponctuent les cheveux. Bagues et jonc accompagnent les mains et le poignet. Ces pièces rendent visible l’attention de Vernon au placement et aux proportions. Le vêtement offre une surface, la coiffure un point d’accroche, le corps un mouvement. Le bijou trouve sa place entre l’ornement et l’habit.

Les formes recouvertes de cire esquissent, quant à elles, des développements vers le mobilier et la mode encore à concrétiser. Leur présence permet d’envisager comment une pratique née dans la joaillerie pourrait s’appliquer à d’autres dimensions et à d’autres usages.

Dans une armoire, le pichet prend place sous un plateau où sont disposées les pièces d’un jeu d’échecs. Le clair-obscur en souligne les reliefs et l’inscrit parmi d’autres objets. Les bougeoirs sont saisis près d’un mur blanc ; le cadenas apparaît derrière une vitre, sur une étagère de bois sombre. Ces images rapprochent les pièces d’un intérieur, loin de leur présentation isolée sur les socles. Elles font écho aux mots de Vernon dans notre entretien de mars : créer « des choses avec lesquelles on vit, plutôt que des objets figés ».

Le créateur associait cette intention à son intérêt pour les surfaces qui vieillissent et gardent des traces d’usage. Les marques issues de la fabrication peuvent ainsi devenir les premières d’une histoire appelée à se poursuivre. Un objet déplacé, manipulé ou porté acquiert d’autres signes, dont la valeur tient à la relation qui se construit avec lui.

Avec SS27, The Ouze met cette relation à l’épreuve de nouvelles dimensions. Entre le cœur d’un tire-bouchon, le relief d’un vase, les bijoux portés et les objets encore enveloppés de bleu, le studio esquisse un univers plus ample. Son enjeu restera celui que Vernon formulait en mars : « grandir sans perdre cette honnêteté dans le processus ». À mesure que les formes s’élargissent, la main devra y conserver sa place.

Les citations de Toby Vernon sont issues de l’entretien publié par AP MEDIA PRESSE le 2 mars 2026.

Photo : avec l’aimable autorisation de The Ouz

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