Saiid Kobeisy REBIRTH Couture PE2026 : 25 ans et une nouvelle ère au Ritz Paris

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Saiid Kobeisy REBIRTH, ou l’art de durer sans se répéter

Il y a des créateurs qui construisent des collections. Il y en a d’autres qui construisent des univers. Saiid Kobeisy appartient résolument à la seconde catégorie. Le 27 janvier 2026, dans l’intimité feutrée de l’hôtel Ritz Paris l’un des rares lieux au monde dont l’aura rivalise avec celle des vêtements qu’on y présente il dévoilait REBIRTH, sa collection couture printemps-été 2026. Vingt-cinq ans après ses débuts à Beyrouth, ce n’était pas une collection anniversaire. C’était une déclaration.

J’ai eu le privilège de m’entretenir avec lui pour la deuxième année consécutive. Et ce qu’il m’a dit résume tout : “REBIRTH, c’est la naissance de la marque après 25 ans. On va voir la marque avec un nouveau regard.” Une phrase simple. Une conviction totale.

Vingt-cinq ans, c’est une durée qui a un poids. Saiid Kobeisy le sait mieux que quiconque. Il en parle avec une franchise rare dans un milieu qui préfère souvent les récits lisses aux vérités rugueuses des sacrifices, de l’amour, de l’invention permanente. Cette longévité n’a pas produit un créateur fatigué. Elle a produit quelqu’un qui sait exactement qui il est, ce qu’il veut dire, et comment le dire dans un vêtement. “Dès que tu vois une robe, tu dis que c’est une pièce de Saiid Kobeisy”, m’a-t-il confié. Ce n’est pas de l’arrogance. C’est la description d’une signature construite patiemment, sur un quart de siècle.

REBIRTH se déploie comme un récit en mouvement. Trente et une silhouettes vingt-cinq féminines et six masculines qui tracent une trajectoire émotionnelle précise : de la retenue vers la libération, de la forme ancrée vers la silhouette aérienne. Le récit s’ouvre dans une neutralité brute, textures presque défensives, avant de se fondre progressivement vers des étoffes plus légères, plus lumineuses. Ce glissement n’est jamais abrupt. Il est mesuré, organique à l’image d’une conviction qui s’affirme sans forcer.

La palette chromatique accompagne cette progression avec une précision presque musicale. Des nuances de Platine Glacé, de Crème Cannoli, d’Aqua Pâle et d’Essence d’Agrumes apportent douceur et lumière aux silhouettes les plus aériennes, tandis que la Tourmaline et le Noir de Jais ancrent le récit dans une profondeur nécessaire. Ensemble, ces couleurs dessinent un langage visuel de l’émergence de l’ombre vers la clarté, du repli vers l’ouverture.

C’est dans ce contexte que les plumes prennent tout leur sens. Des plumes de faisan Lady Amherst, originaires du nord du Myanmar, et des plumes de cygne du Danemark choisies, travaillées, réinterprétés. “Les plumes expriment le passage d’une étape à une autre”, m’a-t-il expliqué. “Je les ai traduites dans toutes mes pièces.” Évoquant la migration et la continuité, elles émergent organiquement des silhouettes, se fondent dans le tulle de soie, forment des structures volumineuses aux bords volontairement bruts privilégiant le devenir à l’achèvement. Dans les salons du Ritz, cette légèreté était palpable. Presque physique.

Le savoir-faire qui sous-tend tout cela est d’une exigence absolue. Entre 600 et plus de 1 000 heures de travail artisanal par pièce. Des dizaines de milliers de perles, cristaux et fils appliqués à la main. Parmi les silhouettes les plus saisissantes, une robe en cuir chamois découpée au laser en milliers de fragments uniques, assemblés à la main et recouverts de sequins irréguliers pour créer une surface lumineuse et évolutive. Ailleurs, du cuir italien transformé en fins fils appliqués en subtils effets dégradés a protection réinventée comme sculpture. C’est cette dimension le temps humain inscrit dans chaque vêtement qui distingue la haute couture de tout le reste.

La robe de mariée incarne le cœur de REBIRTH. Travaillée pendant quatre mois, cousue plume par plume, conçue pour être à la fois éthérée et bouleversante de présence. “Les détails sur les épaules représentent des ailes, m’a-t-il dit. Elles expriment la naissance nouvelle de la marque.” Une silhouette sculpturale en A, des manches longues ornées, des ailes spectaculaires et pourtant rien d’ostentatoire. La puissance est dans la précision. C’est une pièce qui ne se regarde pas. Elle se ressent.

Les six silhouettes masculines affirment quant à elles une vision de l’élégance qui refuse les compromis. Coupes précises, broderies profondes sans lourdeur, détails artisanaux traités avec la même exigence que les pièces féminines. L’homme de REBIRTH n’occupe pas l’espace il l’habite, dans une harmonie naturelle avec les silhouettes qui l’entourent. La haute couture, ici, n’a pas de genre. Elle a une vision.

Cette vision s’ancre dans une conception de la femme qui traverse toute l’œuvre de Kobeisy. “La femme moderne est libre. Elle sait exactement ce qu’elle veut, et elle laisse la liberté au créateur de traduire ça.” Ce rapport une collaboration, pas une imposition explique pourquoi ses collections respirent comme elles respirent. Il ne s’agit pas de faire porter quelque chose à une femme. Il s’agit de lui offrir une langue supplémentaire pour se dire.

Aux jeunes créateurs, il adresse un message d’une honnêteté désarmante : “Il faut travailler avec amour. Même sous pression, il faut donner du plus profond de son cœur. C’est pour ça que les gens aiment tes pièces.” Vingt-cinq ans de maison, et c’est encore ce mot-là qui revient en premier. Pas la stratégie. Pas le marché. L’amour du travail, du tissu, de la femme à qui on s’adresse.

Dans l’intimité du Ritz, entourée de silhouettes qui semblaient flotter entre deux états, j’ai compris ce que REBIRTH signifie vraiment. Une marque qui a traversé vingt-cinq ans sans se perdre, et qui émerge avec une clarté nouvelle. Saiid Kobeisy n’a pas changé. Il a affiné. Et cette collection, cousue d’amour et portée par des plumes, en est la preuve la plus élégante.

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