KOTOHA YOKOZAWA “NISHI-SHINJUKU DREAMS”
Le retour d’une créatrice visionnaire, armée de couleurs et de conviction
Il y a des retours qui se font en douceur. Celui de Kotoha Yokozawa, lui, éclate comme une explosion chromatique au cœur de l’hiver. Quatre ans après son dernier défilé la collection Printemps/Été 2023 présentée en mai 2022, la créatrice tokyoïte reprend le podium avec une énergie intacte, une vision affinée, et une palette de couleurs capable de réchauffer jusqu’aux hivers les plus impitoyables.
La ville comme atelier
Tout commence dans la rue. Pas dans une galerie aseptisée, ni dans l’abstraction d’un moodboard. Kotoha Yokozawa vit à Nishi-Shinjuku, et c’est depuis les fenêtres de ce quartier en perpétuel mouvement qu’est née la collection Automne/Hiver 2026-27. Touristes aux valises débordantes, coureurs du marathon de Tokyo en tenue technicolor s’élançant chaque printemps depuis ce même carrefour, scooters électriques LUUP alignés comme une installation contemporaine, food trucks aux tissus empilés sans logique apparente tout ce chaos vivant, Yokozawa l’absorbe, le filtre, et le sublime.
Le décor du défilé ne cherchait pas à embellir cette réalité : il la reconstituait fidèlement, avec ses tuk-tuks illuminés, ses vélos électriques et son effervescence multiculturelle assumée. Un choix radical qui ancre la collection dans le concret, loin de toute fantasmagorie.
Couleur comme acte de résistance
Ce que Kotoha Yokozawa propose cette saison relève presque du manifeste. Face à la grisaille hivernale, elle oppose des couleurs qui ne demandent pas la permission : vert menthe sur rose cousu sur émeraude, orange brûlé contre violet profond, fuchsia qui défie l’orange dans un même pantalon de sport. La jupe portefeuille vert prairie, doublée d’un matelassage bleu vif, résume à elle seule la philosophie de la maison a couleur comme énergie, comme protection, comme joie nécessaire.
Ses sandales à talons, même elles, participent à cet audacieux récit chromatique : semelle bleu clair contre brides jaune pâle, ou ce vertigineux mariage de vert et d’orange qui transforme chaque pas en déclaration.
Il ne s’agit pas de couleur pour le spectacle. Il s’agit de couleur comme carburant celui que l’on puise dans la vitalité d’une ville pour traverser les mois les plus sombres de l’année.
La signature plissée, réinventée
Les hauts et jupes à finition ondulée et surjetée, emblèmes du langage formel de Yokozawa, retrouvent ici une dimension nouvelle. Disposés en diagonale, les tissus ondulent et créent des silhouettes asymétriques d’une élégance presque cinétique comme si les vêtements eux-mêmes étaient en mouvement, emportés par le courant de la ville. L’alliance de cette technique maîtrisée avec des jeux de couleurs aussi audacieux est ce qui rend cette collection particulièrement aboutie : la forme et la teinte ne font qu’un.
Cette saison marque également une étape dans l’évolution de la maison. En faisant défiler des mannequins masculins portant les mêmes tops ajustés que leurs homologues féminines superpositions comprises, ourlets délibérément visibles, jeux de couleurs aux poignets Kotoha Yokozawa affirme sans détour une vision inclusive qui ne se contente pas de slogans. Elle module les tailles, joue de l’élasticité unique de ses plissés pour offrir des variations infinies, et efface avec élégance les frontières de genre sans jamais y sacrifier l’identité esthétique de la maison.
Kotoha Yokozawa n’est pas revenue pour rassurer. Elle est revenue pour rappeler ce que la mode peut être quand elle naît vraiment du vivant : désordonnée, joyeuse, plurielle, et profondément humaine. Nishi-Shinjuku Dreams est une collection qui se porte comme on prend une grande inspiration avant d’affronter l’hiver avec confiance, et beaucoup de couleurs.
AP MÉDIA PRESSE — Tokyo Fashion Week Coverage, AH 2026-27


































