Schiaparelli 2026 Michel-Ange en Couture Vivante
Il y a des voyages qui ne se terminent pas. Celui que Daniel Roseberry a fait à Rome l’automne dernier appartient à cette catégorie non pas parce qu’il a changé ses références, mais parce qu’il a changé son rapport au corps. Face au plafond de la chapelle Sixtine, quelque chose s’est déréglé en lui, dans le bon sens du terme. “La pensée s’arrête. Le sentiment commence”, écrit-il dans ses notes de collection. C’est cette capitulation-là devant Michel-Ange, devant l’impossible qui structure tout le printemps-été 2026 de Schiaparelli.
Car ce que Roseberry a vu dans la Sixtine, ce n’est pas un plafond. C’est une permission. Celle de peupler un défilé de couture de créatures qui n’obéissent à aucune logique commerciale, à aucune promesse de portabilité, à aucune sagesse saisonnière. Des dents de serpent surgissent des bustiers. Des crocs ciselés s’incrustent dans le satin. Des oiseaux de nuit aux becs coulés en résine et aux yeux serties de cabochons accompagnent les silhouettes comme des familiers venus d’un autre règne. Sur le podium de l’Hôtel Salomon de Rothschild, les mannequins n’avancent pas elles apparaissent, comme convoquées.
La technique est à la hauteur de l’ambition, et c’est là que Schiaparelli se distingue véritablement. La dentelle n’est pas posée elle est découpée à la main, sculptée en bas-relief, travaillée jusqu’à ce qu’elle crée ses propres ombres et sa propre profondeur. Les plumes qui courent sur les vestes en soie et les robes fourreau sont peintes à la main, une par une, comme si l’atelier avait voulu répondre au geste même de Michel-Ange ce pinceau qui, siècle après siècle, continue de défier l’entendement. Plus troublant encore : le tulle fluorescent glissé sous la dentelle produit un effet de sfumato textile, ce fondu entre les tons que Léonard de Vinci utilisait pour rendre ses portraits presque vivants. Chez Schiaparelli PE 2026, les contours du corps se brouillent de la même façon et c’est voulu.
Les ailes se déploient dans le dos des jupes et des robes avec une évidence qui n’appartient qu’à cette Maison. Elsa Schiaparelli aimait les homards, les cages à oiseaux, les créatures qui transgressent les catégories et Roseberry ne rompt pas avec cet héritage, il l’approfondit. Le trou de serrure, symbole fondateur de la maison depuis ses origines, réapparaît comme une question suspendue : de quel côté sommes-nous ? Du côté de ceux qui regardent, ou de ceux qui ont déjà franchi le seuil ?
Ce défilé ne propose pas une femme. Il propose un état celui de l’après-révélation, quand on a vu quelque chose de trop grand pour être contenu dans une seule saison, dans une seule collection, dans une seule vie. Roseberry a regardé le Jugement dernier et il a dessiné. Ce que ses mains ont produit n’est pas une réponse à Michel-Ange. C’est une conversation entre deux siècles, deux disciplines, deux formes d’obsession pour ce que le corps humain peut encore signifier quand on lui donne la permission de déborder.
Crédits : Courtesy of Schiaparelli












