Hermès à Bel Air : le mouvement comme nouveau langage
À Bel Air, ce soir-là, quelque chose avait changé. Pas dans la scénographie impeccable, baignée d’une lumière jaune pâle suspendue au-dessus de Los Angeles mais dans l’attitude même du vêtement. Comme si Hermès, sans jamais renier sa maîtrise, acceptait enfin de se laisser infléchir.

Pour ce second chapitre de l’Automne-Hiver 2026, Nadège Vanhée n’a pas simplement traversé l’Atlantique : elle a déplacé le centre de gravité de la maison. Après un premier acte parisien ancré dans les nuances de l’heure violette, cette transition californienne introduit une lumière plus franche, presque cinématographique. Les couleurs s’en ressentent immédiatement jaunes poussiéreux, rouges cerise, noirs profonds, ponctués de bleus ciel inattendus. Une palette plus directe, mais jamais démonstrative.

L’intention s’impose très vite. Vanhée regarde ailleurs du côté des danseurs. Non pas comme simple référence esthétique, mais comme système de pensée. Le vêtement n’est plus seulement structuré : il devient mobile, réactif, presque chorégraphique. Chaque pièce semble conçue pour accompagner le geste plutôt que le contraindre.
Les robes en satin traduisent parfaitement cette idée. Dans des tonalités profondes, elles empruntent aux codes du ballet : coutures précises, volumes maîtrisés, ourlets vivants. Une robe licou anthracite, traversée de motifs évoquant le carré Soleil de Soie Tattoo, portée sous un blouson en cuir souple. Une tension subtile s’y installe, entre discipline et relâchement, entre héritage et instinct.
Cette dualité traverse toute la collection. Les combinaisons en maille pailletée, turquoise ou jaune pâle, captent la lumière à chaque mouvement, transformant la marche en performance. Le look final une silhouette noire, entièrement scintillante, fendue haut sur la jambe incarne une forme de glamour maîtrisé, capable de dialoguer avec Hollywood sans jamais céder à ses excès.
Car c’est aussi là que se joue ce chapitre : dans cette confrontation silencieuse entre Paris et Los Angeles. Hermès n’imite pas. La maison absorbe, filtre, réinterprète. Même le cuir, territoire historique, évolue. Plus souple, plus fluide, il se décline en gilets cloutés, mini-shorts nets, blousons d’une précision quasi couture. Il ne s’impose plus il accompagne.

La bande-son, un remix de Bette Davis Eyes par Frédéric Sanchez, inscrit définitivement le défilé dans son contexte. Lorsque Miley Cyrus, au premier rang, se lève pour chanter, le moment dépasse la mode. Kerry Washington, Julia Louis-Dreyfus : la présence hollywoodienne ne sert pas de décor, elle participe à la narration.

Reste cette question, en suspens : jusqu’où Hermès peut-il aller sans se perdre ? Nadège Vanhée ne répond pas frontalement. Elle préfère montrer. Hermès ne change pas de nature. Mais le mouvement, désormais, en fait partie.
© AP MÉDIA PRESSE — Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation.




