Chanel confie sa joaillerie à Marie-Laure Cérède

4 vues
⏳ Temps de lecture : 3 minutes |

Marie-Laure Cérède chez Chanel : la joaillerie retrouve son regard

À la tête du Studio de Création Joaillerie de Chanel, Marie-Laure Cérède hérite d’un territoire sensible : prolonger l’œuvre de Patrice Leguéreau sans figer la maison dans la commémoration.

Il y a des nominations qui ressemblent à une continuité, et d’autres qui ressemblent à un pari. Celle de Marie-Laure Cérède appartient à la seconde catégorie non parce qu’elle chercherait la provocation, mais parce qu’elle porte en elle une promesse de renouvellement que la maison attendait depuis le deuil de Patrice Leguéreau, disparu fin 2024 après quinze années à sculpter l’âme de la joaillerie Chanel.

Marie-Laure Cérède, nouvelle directrice du studio de création joaillière de Chanel

Cérède prend ses fonctions en octobre. Elle sera basée au 18 Place Vendôme, adresse qui ne pardonne rien et où chaque pièce portée en vitrine engage bien plus qu’une saison, voire une génération de collectionneurs. Elle travaillera avec les équipes de Paris et Genève, sous l’autorité de Frédéric Grangié, président de l’horlogerie et de la joaillerie fine de la maison. Sa mission : piloter l’intégralité de la création en joaillerie précieuse et haute joaillerie. Un territoire considérable.

Son parcours est celui d’une femme qui a traversé les maisons avec une constance rare. Diplômée de l’ESCP Europe, originaire de Libreville au Gabon, elle est entrée chez Cartier où elle a d’abord occupé des fonctions de communication créative et de gestion produit, avant de rejoindre Harry Winston en 2002 pour en diriger la direction artistique joaillerie et horlogerie pendant quatorze ans. Un poste au long cours, peu commun dans un secteur où les trajectoires s’accélèrent. Elle est ensuite revenue chez Cartier, dont elle était jusqu’à récemment directrice de la création pour les montres et la joaillerie. L’arc est net : une pensée forgée sur la durée, entre structure et sensibilité, dans un paysage où les directions artistiques se succèdent souvent trop vite pour laisser une empreinte.

Ce que Cérède dit d’elle-même mérite attention. Elle évoque une enfance entre la nature, les couleurs et les cultures du monde Libreville, ville de lumières et de végétaux, creuset d’influences que l’on imagine décisif pour celle qui s’apprête à travailler la pierre, le métal, la forme et donc, le vivant. Dans la joaillerie de haut rang, où chaque pièce raconte un rapport au corps et à ce qui dure, cette éducation du regard a plus de valeur qu’un portfolio de collections.

Chanel, de son côté, hérite d’une responsabilité particulière en cette nomination. La maison a construit sa joaillerie autour d’un langage reconnaissable le camélia, le lion, la comète, les chaînes entrelacées — mais aussi autour d’une liberté formelle que Leguéreau avait su amplifier sans la dissoudre, de Noir et Blanc à Gabrielle Chanel, l’esprit de la haute joaillerie, en poussant toujours plus loin l’abstraction des codes sans les rendre méconnaissables. Ce que Cérède va en faire reste entier. Elle parle d’un “chapitre à écrire ensemble” avec les équipes, d’une maison de “force culturelle singulière” qui “continue de remettre en question la convention”. La rhétorique est prudente, à la mesure du moment. Il est trop tôt pour les gestes. Ce qui compte, c’est que la main soit juste.

Les premières collections sous sa direction diront si Chanel choisit le fracas du geste de rupture ou la précision silencieuse du déplacement. La joaillerie Chanel n’a pas besoin d’être réinventée. Elle a besoin d’être habitée.

© AP MÉDIA PRESSE — Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *