l n’y avait pas de scène, à Berlin, le 4 juillet seulement du béton, des roues qui mordent le sol, et des corps qui refusaient de rester à leur place. #DAMUR ne présente pas sa collection printemps-été 2027 : il la lâche dans un skatepark, au cœur de TECHNO SLUTs, une traversée de dix heures où le vêtement, la musique et le risque cessent d’être des catégories séparées. Ici, la mode ne se regarde pas. Elle se prend dans le corps.
La Skatehalle Berlin n’offre aucune frontière entre celui qui regarde et celui qui est regardé. Les danseurs ouvrent la soirée, les mannequins prennent le relais, les skateurs referment la séquence vitesse, déséquilibre, impact l’épreuve du réel pour des vêtements qui n’ont jamais été pensés pour l’immobilité.

Le final rassemble les trois groupes, jusqu’à ce que Damur Huang s’adresse à la foule et l’invite à cesser d’être spectatrice. Le confetti tombe. Le défilé devient rave.
La saison part d’une collision entre deux disciplines qui, en apparence, n’ont rien à se dire : le ballet et le skateboard. Une discipline entraîne à masquer la chute. L’autre en fait un style. Le ballet infuse les proportions étirées et les constructions superposées, mais aucune perfection n’est laissée intacte la ligne pure se rompt volontairement. Le skate impose le tailoring surdimensionné, les pièces techniques, les superpositions flexibles, pensées pour répondre au mouvement plutôt que pour le figer. Ce n’est pas du sportswear fonctionnel. C’est le mouvement érigé en posture.
Un look s’impose plus que les autres : une veste chromée fendue jusqu’aux côtes, liseré orange courant le long de la colonne comme une ligne de vitesse. Sous les projecteurs, le chrome n’accroche pas la lumière — il la découpe, par éclats, à chaque foulée. Le mannequin ralentit d’un cran avant le bord de la rampe, le poids basculé sur l’avant-pied, comme s’il négociait déjà la chute à venir. Un genou plie une fraction de seconde de trop. Il ne tombe pas. Mais on l’a vu envisager de tomber, et c’est exactement ce que le vêtement était fait pour porter.
Damur Huang porte, à travers cette collection, une critique directe de l’industrie. Saison après saison, la mode réclame du nouveau et récompense pourtant les mêmes rituels sûrs : salle impeccable, public assis, applaudissement poli. RIDE CHAOS ramène dans la pièce ce que ces rituels ont pour fonction d’évacuer : le risque physique réel, celui qu’on ne peut pas simuler depuis un siège. Une mode trop propre, trop maîtrisée, trop mise en scène cesse d’être une culture elle devient une administration.
Le créateur formule ainsi l’intention derrière la saison : « Une mode ennuyeuse n’est pas inoffensive elle finit par empêcher les gens de ressentir quoi que ce soit. Avec SS27, je voulais briser cette pesanteur : que le vêtement transpire, tombe, désire, se relève et redevienne dangereusement vivant. »
Fondé en 2015 par Damur Huang, designer originaire de Taipei installé à Berlin, #DAMUR construit depuis dix ans un vestiaire genderfluide, provocateur, refusant toute convention un langage plutôt qu’un produit. #DAMUR ne demande plus si la mode peut encore surprendre. Il ne répond pas non plus à la question qu’il pose. RIDE CHAOS BREAK THE GRAVITY nous laisse là où le titre l’annonçait depuis le début : en pleine chute, sans atterrissage prévu
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