Il y a des collections qui racontent une saison. Et il y en a d’autres qui racontent un état intérieur. “Passage Privé”, la collection Haute Couture Automne-Hiver 2026-2027 de Saiid Kobeisy, appartient résolument à la seconde catégorie. Présentée dans le showroom parisien de la maison, au 66 rue du Faubourg Saint-Honoré, cette proposition ne cherche ni à imposer ni à séduire avec fracas elle préfère murmurer quelque chose de précis sur le rapport entre le mouvement et l’identité.
Le titre dit tout, ou presque. Un passage privé n’est pas une traversée publique : c’est ce moment suspendu où l’on se transforme loin des regards, dans l’entre-deux d’un voyage que l’on est seul à vivre vraiment. Kobeisy puise dans l’imaginaire du début du XXe siècle cette époque où les grandes traversées en paquebot, les escales dans des villes inconnues et les échanges entre cultures forgeaient une élégance à la fois rigoureuse et profondément personnelle. La couture, dans cette lecture, cesse d’être une armure sociale pour devenir un journal intime porté sur le corps.
La palette retenue écru, blanc cassé, rose poudré, vert pâle, bronze, bleu tendre n’est pas celle de la vitalité démonstrative. C’est une gamme de teintes qui s’observent dans la pénombre d’une cabine de première classe ou dans la lumière dorée d’une fin d’après-midi à quai. Le velours s’impose comme matière pivot, accompagné du satin duchesse, du crêpe georgette, de la dentelle française métallisée, de la fourrure et des plumes chaque textile choisi pour ce qu’il retient de la lumière et pour ce qu’il dit du corps qui le porte.
Les silhouettes oscillent entre deux territoires bien distincts. D’un côté, des robes longues en velours à la construction ajustée, dont la ligne colonne est interrompue par des manches kimono qui élargissent l’épaule et fluidifient le geste comme si la rigueur architecturale se laissait, par endroits, traverser par l’air. De l’autre, des volumes plus amples en crêpe georgette, à la taille légèrement marquée, où la structure cède au drapé sans jamais perdre son axe. C’est dans cet équilibre entre tension et abandon que la maison libanaise révèle son vrai savoir-faire : construire sans enfermer, sculpter sans rigidifier.
Le détail, chez Kobeisy, ne décore pas : il signifie. La passementerie dessine chaque silhouette avec la précision d’un trait d’architecte. Les broderies pixélisées sur une veste ajustée aux reflets bronze ou en fond de robe écrue introduisent une dissonance douce : la mémoire fragmentée, l’impression fugitive que l’on tente de retenir avant qu’elle ne s’efface. En contrepoint, les motifs linéaires Art déco ancrent l’ensemble dans une géométrie ferme, comme pour rappeler que l’élégance, même en mouvement, exige une colonne vertébrale.
«Avec Passage Privé, j’ai souhaité capturer l’esprit d’une époque remarquable tout en explorant l’idée que chaque voyage façonne notre perception de nous-mêmes. La couture devient un récit de mouvement, de découverte et d’élégance discrète.» La formulation de Kobeisy ne cherche pas l’effet. Elle pose simplement ce que la collection couture de Saiid Kobeisy démontre pièce après pièce : que la sophistication n’est jamais un point d’arrivée, mais une façon de traverser.
Ce qui reste, au fil des silhouettes, c’est l’impression d’une maison qui n’a rien à prouver dans le volume ni dans la provocation. SAIID KOBEISY Haute Couture Automne-Hiver 2026-2027 construit son esthétique sur une confiance tranquille : celle que la beauté, lorsqu’elle est véritablement travaillée, n’a pas besoin d’hausser la voix pour être entendue. On pense à une silhouette vue en dernier manteau long en velours bronze, col relevé, broderies à peine visibles dans le contre-jour qui disparaît au fond du showroom comme un voyageur qui monte à bord. “Passage Privé” ne clôt pas un chapitre. Il en ouvre un, à mi-voix, sur le quai.
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Les photos illustrant cet article ont été transmises par la Maison SAIID KOBEISY
























