Roma Elastica à Cannes : le casting comme manifeste

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Roma Elastica à Cannes : le photocall comme extension du film

Sur la Croisette, la plupart des photocalls se ressemblent : alignements, regards jetés, gestes répétés. Celui de Roma Elastica déraille légèrement et c’est là que quelque chose commence. Une main posée, une complicité qui ne se commande pas, une façon d’occuper l’espace qui appartient déjà au film, comme si la scène avait glissé du plateau à la plage.

Bertrand Mandico était là, entouré d’une équipe hétérogène, chargée d’histoire, irréductible à une seule époque. Marion Cotillard et Noémie Merlant, duo central du long-métrage. Mais aussi Ornella Muti, Franco Nero et Isabella Ferrari trois figures dont la simple présence physique suffit à convoquer des décennies de cinéma européen. Ce n’est pas un casting. C’est une mémoire collective rendue visible, couture d’images et de visages à ciel ouvert.

Marion Cotillard portait un ensemble tailleur Chanel automne-hiver 2026 veste et jupe en dentelle guipure ivoire et argent, découpe centrale sur la veste, escarpins dorés. Styling Eliott Bliss. Une dentelle ajourée, presque architecturale, qui laisse voir sans tout montrer, comme un story-board de transparences. La matière spectrale sous la lumière de mai, fragile et précise. Cotillard n’habite pas le vêtement elle le prolonge, comme elle prolonge Eddie, sa star vieillissante dans le film, quelque part entre le glamour assumé et l’effacement programmé.

Ornella Muti à ses côtés, c’est une autre temporalité qui entre dans le cadre. Icône des années 1970 et 1980, elle dépasse dans Roma Elastica le statut d’actrice de soutien elle y est une présence historique, un fantôme vivant du cinéma qu’évoque le film. Son visage raconte autant qu’un décor. La voir aux côtés de Cotillard, c’est voir se matérialiser exactement ce que Mandico cherche à filmer : la coexistence de plusieurs âges du cinéma dans un même espace, sans hiérarchie, comme une garde-robe où rien ne serait rangé par décennies.

Franco Nero incarne cette même idée avec une évidence tranquille. Figure du péplum et du western spaghetti, il traverse le photocall avec cette qualité particulière des acteurs qui ont traversé assez d’histoires pour ne plus avoir besoin de la jouer. Son allure suffit : un certain port de tête, une façon de se déplacer qui n’a plus rien à prouver.

Noémie Merlant arrive dans le cadre autrement. Cheveux tirés, regard direct, une façon de se tenir qui refuse l’apprêt. Là où Cotillard se fond dans la matière Chanel comme dans un second rôle choisi, Merlant oppose une ligne plus brute, sans effets. Elle résiste à toute mise en scène, même sous le soleil et les flashs. C’est exactement le contraste que le film exploite deux façons d’être au monde, deux rapports au temps, deux corps qui ne parlent pas la même langue et se comprennent quand même.

Ce que ces images retiennent, c’est précisément ce que Roma Elastica explore : la façon dont le temps marque les corps, creuse les visages, transforme les présences. Mandico a construit son film autour de la décomposition lente d’un certain cinéma européen ses studios en ruine, ses genres épuisés, ses étoiles qui continuent de briller après que la source s’est éteinte. Le photocall cannois prolonge cette réflexion à ciel ouvert. Ces hommes et ces femmes réunis sur la Croisette ne font pas que promouvoir un film. Ils en sont la matière première, la texture vivante.

Roma Elastica sort en salles le 23 décembre 2026. Certains films parlent du temps qui passe. Celui-là donne l’impression que le temps, pour une fois, accepte d’être regardé en face.

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Crédits photos : © Pierre ROIGT 

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