Salone del Mobile 2026 : ce que les grandes maisons de mode ont fait à Milan

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Découvrez les interventions les plus marquantes des grandes maisons de mode au Salone del Mobile 2026 à Milan

Quand la mode s’empare de Milan Salone del Mobile 2026

Il y a quelque chose d’inévitable, désormais, dans la présence de la mode au Salone del Mobile. Ce n’est plus une incursion, ni une curiosité c’est une évidence. Milan en avril appartient autant à la mode qu’à l’architecture et au mobilier. Mais cette année, quelque chose a changé dans la manière de faire. L’heure n’est plus à la présence pour la présence, ni aux collaborations opportunistes qui laissent le public perplexe. En 2026, les maisons qui ont brillé sont celles qui avaient quelque chose à dire.

LOUIS VUITTON La malle réinventée, toujours souveraine

Sous les fresques du Palazzo Serbollini, Louis Vuitton a déployé sa grande parade des Objets Nomades avec une clarté souveraine c’est le monogramme, et lui seul, qui demeure l’étalon de toute création. La collection art-déco conçue avec des figures majeures du design mondial ne cherche pas à surprendre elle affirme.

On retiendra la malle métamorphosée en coffret d’artiste, un tourne-disque posé sur un pupitre gainé de cuir, une table de toilette ressuscitée dans sa version d’origine commandée pour le créateur Pierre Legrain en 1921 et réinterprétée en bois laqué et cuir, et enfin touche de malice un baby-foot dont les joueuses sont des sirènes. L’humour chez Vuitton ne se perd jamais tout à fait.

DIOR La lumière selon Granville

Il y a dans la maison Dior deux codes d’une puissance absolue : le New Look et le jardin français. C’est précisément à leur croisement que Noé Duchaufour-Lawrance a construit sa collection de luminaires, présentée au Palazzo Landriani. En s’inspirant du tracé de la jupe Corolle cette ligne en cloche qui a fait entrer Christian Dior dans l’histoire le designer a forgé des structures lumineuses en verre de Murano et bambou tressé, capables de disperser la lumière comme une promesse dans l’espace.

La salle avait été transformée en jardin de raphia, écho direct au jardin de la Villa Les Rhumbs à Granville, celui de l’enfance du couturier, celui qu’il n’a jamais vraiment quitté. Il y avait dans cette installation quelque chose de l’ordre du souvenir non pas nostalgique, mais vivant.

HERMÈS Le luxe dans sa juste discrétion

 

Hermès est la maison qui n’a jamais eu besoin de hausser le ton pour se faire entendre. Et pourtant, sa collection Home est le seul endroit où elle s’autorise quelque chose qui ressemble à de l’exubérance. Cette année, dans son habituel repaire de La Pelota, la maison a opté pour une présentation épurée les objets posés sur des socles de galerie, dépouillés de tout décor superflu pour mieux laisser parler les pièces elles-mêmes.

Parmi les nouvelles éditions : des plaids d’une douceur irréelle, teints par réserve selon une technique traditionnelle qui produit des palettes chromatiques presque hallucinatoires ; un vase à sabot de cheval martelé à la main en palladium, ceint d’une jupe en crins de cheval; et les paniers Confetti, multicolores, perforés, avec leur grâce d’un bon bonbon. On ne résiste pas.

GUCCI Demna tisse la mémoire

 

La première incursion milanaise de Demna sous la bannière Gucci avait tout pour décevoir le risque de l’exercice de style vide était réel. Il n’en a rien été. Sous les portiques du XVIe siècle des Chiostri di San Simpliciano, le directeur artistique a orchestré Gucci Memoria, une rétrospective de 105 ans d’histoire de la maison, racontée en tapisseries.

Des débuts du fondateur Guccio Gucci jusqu’au présent, chaque chapitre est tissé avec une précision narrative que l’on n’attendait pas. La dernière tapisserie, qui représente Demna lui-même  casquette de baseball vissée sur la tête, agenouillé pour un essayage est un autoportrait facétieux et assumé. Et les distributeurs automatiques Gucci proposant des canettes de Drama Queen et Fashion Icon ? Une provocation douce-amère qui dit tout sur la conscience que la maison a d’elle-même.

PRADA Prada Frames 

Depuis 2022, le symposium Prada Frames conçu avec le collectif Formafantasma est devenu l’un des rendez-vous intellectuels les plus attendus de la Design Week. Il n’a rien à voir avec les vêtements, et c’est précisément ce qui en fait la force. Cette année, le thème était In Sight : une réflexion sur le pouvoir de l’image dans un monde de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle.

Sur trois jours de conférences et de tables rondes, des penseurs et créateurs venus de tous horizons ont interrogé la frontière de plus en plus poreuse entre le réel et sa représentation, entre l’image produite par l’humain et celle générée par la machine. Prada, la maison la plus intellectuellement exigeante du prêt-à-porter, répond par l’acte même de poser la question.

ARMANI/CASA L’héritage, intact

Il y a quelque chose de bouleversant dans cette édition d’Armani/Casa. C’est la première collection que Giorgio Armani n’a pas supervisée lui-même lui qui exigeait, jusqu’à la fin, d’examiner chaque détail avant que le public ne soit admis. Le Corso Venezia accueillait donc une exposition doublement chargée de sens.

La première partie mettait en regard des pièces iconiques des archives Armani Casa avec leurs nouvelles rééditions démonstration silencieuse de ce que l’intemporalité veut vraiment dire. La seconde section rendait hommage aux résidences du couturier à travers le monde, et en particulier à son appartement milanais, restitué sous la forme d’une aquarelle représentant son fameux mur de tableaux. Un portrait d’homme qui ne dit pas son nom.

FENDI La baguette, enfin

Maria Grazia Chiuri avait une baguette entre les mains, et elle ne s’en est pas privée. Vingt rééditions du Baguette 26424 ont été dévoilées dans un événement conçu pour célébrer presque trente ans d’une icône. Le message des notes distribuées aux invités était net : Chiuri ne se contente pas de regarder dans le sac elle le retourne.

Le résultat : des versions à sequins, brodées, en cuir minimaliste ou imprimé animalier, qui ont créé l’émoi attendu. Pendant ce temps, au Fendi Casa, la maison révélait le lauréat de son tout premier Prix Fendi l’étudiant en design Gustav Craft, dont la collection s’inspire des pavés de Rome la ville fondatrice, les pierres comme mémoire.

MIU MIU Le Club littéraire politique du désir

Miuccia Prada a compris avant tout le monde qu’une maison sans ancrage dans le design d’objet n’a pas à simuler une légitimité qu’elle n’a pas. Le Miu Miu Literary Club, désormais dans sa quatrième année, est la preuve que la présence au Salone peut prendre des formes inattendues et n’en être que plus juste.

Installé au Circolo Filologico Milanese, le club s’est cette année consacré aux Politiques du désir, autour de deux œuvres majeures Mémoire de fille d’Annie Ernaux prix Nobel de littérature et Changes : A Love Story d’Ama Ata Aidoo, auteure et femme politique ghanéenne. Lectures par des amies de la maison (dont Emma Corrin), performances de spoken word, sets de DJ le tout formant une communauté Miu Miu qui n’a pas besoin d’être habillée pour se reconnaître.

JW ANDERSON Le panier, l’artisan et le savoir-faire

Plus intime que les grandes mises en scène auxquelles Jonathan Anderson nous avait habitués chez Loewe, son intervention milanaise sous son propre nom avait la vertu de sa sincérité. Le designer a lancé le nouveau Basket Bag de JW Anderson en collaboration avec Eddie Glew, vannier établi dans le Staffordshire et dépositaire d’un savoir-faire transmis de génération en génération.

Glew était présent à Milan pour une démonstration en direct du tressage du saule chaque geste, chaque brin, chaque fleur miniature offerte aux invités en souvenir portant la signature d’une tradition qui résiste à l’accélération du monde.

Le temps comme matière première

Si l’an dernier Loro Piana avait misé sur le spectaculaire visuel, cette année la maison a choisi de rendre visible ce qui, d’ordinaire, reste caché : le temps. L’exposition Studies, Chapter 1 On The Plaid déployait, sur cinq espaces thématiques, des tartans monumentaux illustrant chacun une facette de l’expertise Loro Piana et les chiffres qui les accompagnaient laissaient sans voix.

Un plaid orné de perles de verre tissées à la main 540 heures. Un autre réalisé par needle punching manuel : 880 heures. Un troisième en cachemire velouté, brodé de perles et de fils de soie 1 850 heures. Ce n’est pas de la lenteur c’est une déclaration de valeurs. Dans un monde où tout s’accélère, Loro Piana choisit de compter les heures, et de les montrer.

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