DAGGER SS27 : L’été brutal des « bored and disenfranchised

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Sur les visages qui traversent le podium DAGGER, des traces de rouge à lèvres s’accumulent sur la joue, sur le front, jusque sur la paupière comme des baisers qu’on aurait collectionnés sans compter, sans discernement, sans repos. Ce n’est pas une saison que la maison montre. C’est un été qu’on n’a jamais tout à fait fini de digérer.

Pour son SS27, la maison berlinoise fondée par Luke Raine revient à la ville côtière du nord de l’Irlande où il a grandi, dans cette scène skate du début des années 2000 où l’ennui se travaillait comme une matière première. Le titre Lifestyles of the Bored and Disenfranchised n’a rien d’ironique. C’est un lieu, une lumière de fête foraine, une chaleur d’été qui s’attarde trop longtemps. La collection parle de premières fois : premiers jobs, premières cigarettes, premiers chagrins. Les fêtes nocturnes sur les dunes deviennent des marches de la honte qui, au petit matin, ressemblent davantage à des libérations.

Ce qui frappe, c’est la manière dont le vêtement absorbe l’usure sans jamais la théâtraliser. Un pantalon écru éclaboussé de peinture, comme si le corps avait traversé un chantier avant de traverser le podium. Une chemise à carreaux bleu et blanc, portée à rebours de toute logique nouée à la taille, col retourné sous un pull sans manches vert sauge où le nom DAGGER s’inscrit en lettres étoilées, presque scolaires.

Ailleurs, un sweat orange détourne l’étiquette d’une marque de bière en logo maison : Wagger, Kings of Skate, avec en sous-texte la dernière phrase d’une lettre de licenciement We wish you all the best with your professional future and personal wellbeing. Cette phrase, Luke Raine l’a prise au pied de la lettre. Elle est devenue le slogan de la maison, imprimé depuis sa toute première pièce.

Ce que l’on retient, c’est que DAGGER ne raconte jamais l’histoire de sa fondation comme une anecdote attendrissante. Née en 2020 d’un licenciement et de 300 euros d’aides sociales, la marque a transformé une formule impersonnelle en emblème d’ironie assumée.

Depuis, elle s’est installée chez Dover Street Market Paris, Antonioli et GR8 Tokyo, sans jamais quitter le vocabulaire brut qui l’a construite : genoux écorchés, pavés fissurés, air salé, missions de minuit.

Les jeans sont déchirés aux genoux, les Vans Slip-On personnalisées, estampillées « ALL THE BEST », claquent contre le parquet marqueté d’un intérieur qui n’a rien de skate. Au salut, Luke Raine porte lui-même le T-shirt bleu marine peint à la main EMPLOY WORKING CLASS KIDS comme si le créateur endossait physiquement la phrase qui résume sa saison.

Ce contraste la salle bourgeoise, le corps du créateur qui la traverse avec ce slogan sur la poitrine condense la proposition de la collection : faire entrer une esthétique née de la classe ouvrière dans un cadre qui ne lui était pas destiné.

Marvin Lobodda signe un styling qui superpose sans jamais alourdir : denim délavé sous coton teint, chemise à carreaux sous maille, veste en jean roulée aux poignets. Phillipp Verheyen compose des visages marqués cernes accentués, cheveux décolorés en pointes vertes qui ne cherchent pas la beauté mais une forme de fatigue habitée.

Vans customise une série de Slip-On pour le podium, et l’intégralité du show a été filmée sur iPhone 17 Pro, dans la continuité d’un parti pris documentaire amorcé la saison précédente.

DAGGER ne cherche pas la nouveauté. La marque explore la continuité d’un même groupe de personnages, déjà croisés dans Play Hard la saison passée, qui grandissent sans jamais quitter le lieu qui les a formés. Reste à savoir ce que devient une jeunesse lorsqu’elle refuse de sortir de son propre décor.

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Visuels : Courtoisie DAGGER

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