Tamme SS26 : l’heure où Tokyo se défait

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Tamme “After Hours” : l’heure où Tokyo se défait

Il y a une heure précise dans Tokyo quelque part entre dix-huit et dix-neuf heures où la ville change de peau. Les trains se remplissent de cols déboutonnés, de vestes portées sur l’épaule, de corps qui commencent à se souvenir qu’ils leur appartiennent. C’est dans cet intervalle exact, ce passage du temps collectif au temps personnel, que Tatsuya Tamada a choisi d’installer sa collection printemps-été 2026.

Photo courtesy of @tamme_official & @sakaspr

“After Hours” n’est pas un concept abstrait chez Tamme. C’est une observation précise du comportement humain dans le contexte urbain japonais cette dualité entre la contenance que le travail exige et le relâchement discret qui suit. Tamada ne romantise pas la fatigue du salaryman, il ne la dénonce pas non plus. Il la regarde, et il taille dedans.

Le vestiaire qui en résulte est tendu entre deux états. La base reste celle du formalisme tailoring structuré, pantalons à pinces, chemises à col mais chaque pièce porte en elle une altération visible. Un veston croisé plissé dont le froissé n’est pas un accident mais une intention, une construction double épaisseur qui laisse deviner la couche intérieure, un T-shirt à poche zippée inclinée à douze degrés qui déplace subtilement le centre de gravité de la silhouette. Le désordre est calculé. La liberté est architecturée.

Ce qui frappe dans les pièces clés de la collection, c’est la précision du geste sur des matières a priori banales. Le Wrinkled Double-Breasted Jacket en noir ou marine ne cherche pas à impressionner par le tissu il impressionne par ce que le froissage permanent fait à la ligne : une épaule qui tombe légèrement, un revers qui s’affaisse avec une grâce involontaire. Les Wrinkled F-1B Slacks suivent la même logique, avec leurs poches cargo qui fonctionnent comme des volumes, des contrepoids visuels qui alourdissent le bas de la silhouette de façon presque sculpturale. La chemise à carreaux ombrés avec cravate intégrée Ombre Check Necktie Shirt est peut-être la pièce la plus juste : elle porte littéralement les deux temps superposés, le formel et son relâchement, cousus ensemble.

Les visuels de campagne prolongent cette tension. Deux modèles photographiés dans ce qui ressemble à un hall de bureau ou à une gare, lumière grise, fond urbain de Tokyo en arrière-plan. Rien de spectaculaire. Tout dans le registre de l’entre-deux : ni dans l’espace de travail, ni tout à fait dehors. La prise de vue en contre-plongée introduit une légère déstabilisation du regard, comme si la caméra elle-même cherchait l’angle juste pour saisir quelqu’un en train de se transformer.

Tamada est une voix à suivre dans le paysage de la mode masculine japonaise contemporaine. Né en 1988 à Fukushima, formé à la Bunka Fashion Graduate University puis passé par Paris, il a fondé Tamme en 2021 en construisant le nom même de la marque comme un programme : les syllabes communes à homme et femme, superposées à son propre patronyme. Le concept fondateur “mettre à jour l’existant” n’est pas une posture : c’est une méthode de travail visible pièce après pièce, saison après saison. En septembre 2024, il recevait le Tokyo Fashion Award (2025). En 2025, il présentait son premier défilé runway. La progression est nette, sans précipitation.

Jusqu’au 31 juillet 2026, Tamme est présent au sixième étage du Hankyu Men’s Tokyo, dans l’espace GARAGE D.EDIT à Yurakucho une occasion de voir les pièces en dehors du circuit des concept stores spécialisés, dans un grand magasin qui reste l’un des baromètres du goût masculin à Tokyo.

Tokyo continue de produire des créateurs qui ne cherchent pas à traduire la ville pour un regard extérieur, mais à la comprendre de l’intérieur, dans ses rythmes et ses contradictions. Tamme en est une preuve tranquille. Ce que Tatsuya Tamada coud, c’est moins une collection qu’un état d’esprit celui de quelqu’un qui sait exactement à quelle heure il préfère la ville.

Photo courtesy of Tamme & Sakas PR

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