Paul Costelloe AW26 : premier défilé sans son fondateur

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AP MEDIA PRESSE LONDON FASHION WEEK AW26  

PAUL COSTELLOE

Automne-Hiver 2026

The Waldorf Hotel, London 19 février 2026

Première collection posthume. Un fils face à l’héritage d’un père. Une maison qui choisit la mémoire comme matière première.

Le 19 février 2026, à midi précis, le Palm Court du Waldorf Hotel a changé de lumière. La maison Paul Costelloe ouvrait une nouvelle édition de la London Fashion Week automne-hiver, comme elle le fait depuis plus de quarante ans. Mais cette fois, une absence dominait la salle : pour la première fois depuis 1984, le fondateur n’était pas là.

Ce vide n’était pas anodin. Paul Costelloe s’est éteint à Londres le 21 novembre 2025, à l’âge de 80 ans, entouré de son épouse et de ses sept enfants. Quelques semaines plus tôt, il présentait encore sa collection printemps-été 2026, « Boulevard of Dreams », hommage vibrant à l’Hollywood des années 1960. Ce défilé de février marquait donc une première absolue dans l’histoire de la maison : la collection AW26 est la première à naître entièrement sans lui.

UN IRLANDAIS AU SERVICE D’UNE ÉLÉGANCE BRITANNIQUE

Né le 23 juin 1945 à Dublin, Paul Costelloe s’est formé à la Grafton Academy of Fashion Design avant d’affiner son regard entre Milan, Paris, New York et Londres. En 1979, il lance sa propre maison, puis rejoint le calendrier londonien en 1984 — inaugurant une présence ininterrompue à la Fashion Week qui durera plus de quatre décennies.

Cette fidélité relève presque de l’exception. Dans un système où les labels naissent, s’épuisent et disparaissent à la vitesse des saisons, Paul Costelloe a imposé une constance rare. Sa maison n’était pas seulement un nom de plus dans le programme : c’était un point fixe dans un paysage mouvant, une institution discrète dont la solidité même finissait par constituer une forme de déclaration.

En 1983, sa trajectoire s’inscrit dans une autre dimension : il devient l’un des designers personnels de Diana, princesse de Galles. Pendant quatorze ans, jusqu’en 1997, il signe des silhouettes portées lors d’engagements officiels, sa griffe se retrouvant instantanément projetée dans les archives visuelles d’une époque. Ses coupes nettes, ses couleurs affirmées et ses volumes généreux deviennent indissociables de certaines images emblématiques de la princesse, au point de faire de Costelloe l’un des artisans d’un style qui dépasse la simple question de tendance.

« La main du fondateur ne se contente pas d’être évoquée dans les discours : elle est visible, portée, photographiable. »

LE RELAIS : WILLIAM COSTELLOE

En janvier 2026, la maison officialise la nomination de William Costelloe au poste de directeur créatif. Le geste n’a rien d’un effet d’annonce : depuis sept ans, William était déjà directeur du design, co-pilotant les collections de prêt-à-porter féminin et masculin, les lignes mariage, enfant et accessoires. La succession était préparée, tissée dans la durée — non pas improvisée dans le chagrin d’un deuil.

Diplômé en beaux-arts du Camberwell College of Arts et titulaire d’un master du Chelsea College of Arts, William ancre sa pratique dans une double culture — plastique et fashion design — qui se lit immédiatement dans son rapport aux volumes, aux matières et à la mise en espace des silhouettes. C’est cette sensibilité, forgée entre les studios de son père et les ateliers académiques de Londres, qui oriente le regard qu’il porte sur la collection AW26.

AW26 : LE DEUIL COMME LANGAGE FORMEL

À l’entrée dans le Palm Court, le décor est familier : même écrin, mêmes proportions, même lumière filtrée. La maison avait déjà choisi ce lieu pour la SS25 et la SS26. Pourtant, l’atmosphère a changé. Une gravité calme traverse la salle — comme si chacun mesurait que ce rendez-vous serait scruté autrement.

La collection articule une palette resserrée : gris, taupe, mocha, noir. Le contraste avec la SS26 est frappant. « Boulevard of Dreams » déployait un spectre de bleus célestes, de roses et d’oranges sherbet inspirés de Sharon Tate et du glamour californien. Ici, la lumière se fait plus intérieure. Le passage des pastels vibrants à ces tonalités sobres s’apparente moins à un simple changement de saison qu’à un glissement d’état émotionnel : le deuil s’exprime par la retenue, pas par la grandiloquence.

Les gants d’opéra, très présents sur le podium, prolongent la ligne des bras et signent une silhouette assumée, en phase avec un mouvement plus large observé cette saison sur d’autres podiums internationaux. Les coupes tailleur restent rigoureuses, fidèles à l’ADN de la maison — épaules sculptées, double-boutonnage à taille marquée, blouses lavallières désormais ancrées dans une gamme chromatique assagie. Les volumes de certaines robes du soir prennent une ampleur qui dialogue clairement avec l’héritage des années 1980, sans jamais verser dans la nostalgie mécanique.

LE GESTE FORT : LA MAIN DU PÈRE DANS LE TISSU

Le geste le plus significatif de cette collection tient dans le traitement des robes de bal. Les dessins illustratifs caractéristiques de Paul Costelloe — ces croquis spontanés, immédiatement reconnaissables, presque enfantins dans leur élan — sont littéralement intégrés au tissu. Imprimés, brodés ou sérigraphiés selon les pièces, ils traversent les volumes et les coutures comme une présence qui refuse de s’effacer.

Ce choix est d’une intelligence redoutable. William Costelloe aurait pu se contenter d’une dédicace en notes de programme, d’une minute de silence en coulisses, d’un portrait en backstage. Il a fait autre chose : il a rendu la mémoire portable. La main du fondateur ne se contente pas d’être évoquée dans les discours — elle est visible, portée, photographiable. Le deuil quitte le registre symbolique pour devenir un motif textile à part entière.

« William choisit une voie plus exigeante : assumer pleinement l’héritage tout en en ajustant la lecture à l’aune de sa propre sensibilité. »

THE WALDORF COMME MÉMOIRE ARCHITECTURALE

En choisissant de revenir au Palm Court du Waldorf après y avoir présenté la SS25 puis la SS26, la maison affirme une continuité spatiale là où tant d’autres labels cherchent chaque saison le décor spectaculaire. Ce choix de stabilité crée un repère sensoriel durable pour la presse et les acheteurs : on identifie immédiatement la « scène Costelloe », ce qui renforce la lisibilité de la marque dans un calendrier saturé.

The Waldorf cesse d’être un simple cadre pour devenir une mémoire architecturale de la maison — un témoin des dernières collections présentées par Paul lui-même, et du passage de relais à William. La continuité du lieu dit ce que les mots ne suffisent pas à formuler : ici, rien ne disparaît vraiment.

QUATRE DÉCENNIES SUR LA SCÈNE LONDONIENNE

Saison

Collection

1984

Premier défilé à la London Fashion Week

Entrée dans le calendrier londonien — début d’une présence de plus de 40 ans.

SS25

« Le ciel est bleu » — hommage à Paris

Saison anniversaire célébrant 40 ans de défilés à Londres.

AW25

Thématique équestre, tons naturels

William Costelloe signe déjà la direction artistique du décor.

SS26

« Boulevard of Dreams »

Dernier défilé présenté du vivant de Paul Costelloe.

AW26

Palette sobre, dessins du fondateur intégrés

Première collection posthume dirigée par William Costelloe.

ENTRE HÉRITAGE ET REFORMULATION

Ce défilé AW26 ne cherche ni la rupture spectaculaire ni la répétition confortable. William Costelloe choisit une voie plus exigeante : assumer pleinement l’héritage tout en en ajustant la lecture à l’aune de sa propre sensibilité. En intégrant les dessins de son père au cœur des pièces, il évite l’écueil de l’hommage purement commémoratif. L’histoire ne reste pas confinée aux archives — elle circule dans les tissus, dans les volumes, dans le dialogue entre les épaules architecturées et la palette assourdie.

La question désormais n’est plus celle de la légitimité — ce défilé l’a installée, sans ambiguïté possible. Elle est celle de la trajectoire. Comment William va-t-il, dès les prochaines saisons, déplacer ce vocabulaire sans le trahir ? La réponse se jouera moins dans les symboles que dans la manière dont il saura, collection après collection, déplacer légèrement la ligne — sans rompre le fil entre le nom au-dessus de la porte et la mode qui s’incarne sur le podium.

Le Palm Court du Waldorf, ce jeudi de février, n’a pas assisté à une transition. Il a assisté à une affirmation. Paul Costelloe a construit une maison. Son fils a montré qu’il sait l’habiter.

AP MEDIA PRESSE

London Fashion Week 

 

 

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