Les sandales scoubidou, souvenir d’enfance devenu pièce d’été

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Il y a une gestuelle qu’on n’oublie jamais tout à fait : celle des doigts qui nouent, comptent les passages, recommencent. Dans les squares de la fin des années 1990, cette gestuelle se transmettait sur un banc, entre deux générations, avec pour seul matériau des fils de plastique fluorescents et la patience de l’été qui n’en finissait pas. Le scoubidou n’a jamais vraiment disparu il vient de retrouver, cette saison, une forme adulte.

La sandale scoubidou reprend ce principe presque mot pour mot : un jeu de cordons tressés qui enveloppe le pied avant de remonter, en spirale légère, vers la cheville. Rien d’ornemental dans ce geste la construction elle-même est le motif. Le résultat tient de l’aérien plus que du bijou : une pièce qui affirme sa naïveté sans jamais verser dans le déguisement, et qui doit sans doute une partie de sa force à ce refus de la sophistication frontale.

Miu Miu avait déjà posé les bases de cette esthétique lors de son défilé printemps-été 2024, où des sandales tressées plates défilaient accompagnées de pansements colorés fixés aux orteils et aux chevilles des mannequins un détail volontairement imparfait qui résumait à lui seul la manière dont la maison aime brouiller la frontière entre le soin et le laisser-aller. Ce geste, presque enfantin, disait déjà ce que les sandales scoubidou affirment aujourd’hui plus largement : la mode contemporaine ne cherche plus à effacer les traces du corps ou du jeu, elle les revendique comme motif.

Le tressage, lui, porte une mémoire plus ancienne encore celle des nœuds marins, hérités des cordages et des techniques de ligature qui transformaient une simple corde en objet à la fois utile et décoratif. Les scoubidous des cours de récréation reprenaient sans le savoir cette grammaire du nœud ; les sandales d’aujourd’hui la referment, en associant à ce geste maritime une géométrie fluorescente qui n’appartient qu’à l’enfance des années 1990.

Flòwze, marque toscane, propose l’une des lectures les plus abouties de cette tendance. Sa version se distingue par une semelle plate et une ligne épurée qui laisse toute la place au tressage une manière de désamorcer l’effet de mode par la sobriété, sans renoncer à la légèreté du geste initial. C’est une sandale pensée pour durer au-delà d’une saison, quand d’autres interprétations misent davantage sur la couleur et l’accumulation.

Sur les réseaux et dans les rues des Fashion Weeks, plusieurs figures de la mode ont déjà adopté ces sandales un signe que la pièce circule désormais bien au-delà de son terrain d’origine. Leur force tient à leur polyvalence : un pantalon ample, un jean brut, une robe en crochet ou une jupe fluide leur conviennent avec la même évidence, en ville comme au bord de l’eau.

À l’heure où les modèles ultra-minimalistes et les sandales Capri saturent les collections d’été, la sandale scoubidou propose une respiration différente moins lisse, plus incarnée. Sa réussite tient peut-être à cela : elle ne cherche pas à séduire par la nouveauté, mais par la reconnaissance immédiate d’un geste que tout le monde a fait un jour, sur un banc, sans savoir qu’il deviendrait une pièce de mode.

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